Sylvie Goulard au rattrapage
Elle n'a pas convaincu. La première audition de Sylvie Goulard par les eurodéputés la semaine dernière s'est faite sous haute tension. Sous fond d'affaires qui mettent en cause son intégrité, la candidate française à la Commission européenne voit son Curriculum Vitae entaché par deux enquêtes dont elle fait l'objet : l'affaire des assistants européens du MoDem, qui l'avait poussée à la démission lorsqu'elle occupait le poste de ministre de la Défense, et l'affaire de ses activités au sein du think-tank américain Berggruen qui pose la question de son intégrité politique - outre les sommes perçues.
Sylvie Goulard, qui a mis son poste de sous-gouverneure de la Banque de France entre parenthèses en attendant l'agrément des parlementaires européens cette semaine, est poursuivie par la justice française et l'Office européen de lutte antifraude (OLAF) dans l'affaire des emplois présumés fictifs des eurodéputés MoDem. L'opinion est encore davantage saisie pour ses liens avec le germano-américain Nicolas Berggruen, fondateur de l'institut du même nom, à l'intérieur duquel il est encore difficile de lister les travaux rendus par l'énarque, moyennant plus de 10.000 euros mensuels d'octobre 2013 à janvier 2016, alors même qu'elle était encore eurodéputée. Au jeu des multiples questions écrites des parlementaires, Sylvie Goulard devra notamment s'expliquer sur les liens entre Emmanuel Macron et Nicolas Berggruen, qui aurait participé au financement de la campagne présidentielle du premier.
Malgré cela, il y a peu de chances pour que Sylvie Goulard soit récusée par les députés du Parlement européen. L'équilibre franco-allemand historique de la Commission européenne ne se laissera pas déstabiliser par ces affaires, surtout eu égard à l'étendue du portefeuille de Sylvie Goulard - Internet, Marché Intérieur, Industrie de la défense et de l'espace - dont le budget avoisinerait 36 milliards d'euros. Cette situation inédite aura tout de même d'importantes répercussions sur la crédibilité de Sylvie Goulard et de la Banque de France, dans le cas peu probable où elle n'est pas acceptée et revient naturellement à son poste de seconde à l'institution financière. Dans l'autre cas, bien plus prévisible, le Parlement européen se discrédite en consentant à élever au poste de Commissaire une candidate toujours en examen judiciaire, qui n'aura sans doute pas en si peu de temps fourni une explication satisfaisante pour avoir reçu 330.000 euros d'un magnat de la finance internationale, sans qu'en contrepartie, un travail ne soit avéré.
Si Sylvie Goulard est confirmée en tant que Commissaire européenne, il se pose la question du poids politique de cette dernière : quelle crédibilité politique et quelle autorité pour la candidate du Président Macron ? Une autre hypothèse pourrait être de confirmer Sylvie Goulard en lui enlevant une partie de ses futures attributions, ce qui serait encore davantage humiliant. Sylvie Goulard n'est pas la seule à être sous le feu des projecteurs pour ses comportements suspicieux. Sur les vingt-six autres commissaires nommés par la première femme élue à cette fonction Ursula von Der Leyen, l'ancien ministre hongrois de la Justice Laszlo Trocsanyi et la candidate roumaine Rovana Plumb, soupçonnés de conflits d'intérêts financiers ont échoué au test des parlementaires. Si les réponses de Sylvie Goulard sont jugées insatisfaisantes, elle pourrait subir un dernier oral, mais Sylvie Goulard ne doit plus être à une vexation près.
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