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Ursula von der Leyen : entre doutes et forts enjeux, élection sous haute tension

Ce qui devait être une élection quasi acquise s’est transformé, au fil des jours, en un véritable chemin de croix pour Ursula von der Leyen. Désormais en plein doute, les eurodéputés ne sont pas sûrs de lui apporter la majorité absolue ce soir pour confirmer la haute fonctionnaire à son poste. La Commission européenne paye également les atermoiements d’une politique européenne française hésitante, sans compter les réticences allemandes. Explications.

Au commencement, un psychodrame européen

C’est peu dire que tout avait mal commencé. Au début du mois de juillet, les dirigeants européens ont bien eu du mal à se mettre d’accord pour un casting aux postes clés de l’Union européenne, après trois jours de discussions sous haute tension. Décision contestée de placer la patronne du FMI Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale, choix surprenant que celui de Charles Michels à la présidence du Conseil européen, les deux étant jugés très, voire trop libéraux… Des noms qui révèlent, entre les lignes, combien les 28 ont des points de divergence sur lesquels ils n’ont pu transiger. De ce casting improbable, on retient également la fin du Spitzenkandidat, système selon lequel le choix des nominations devait se faire en fonction des partis arrivés en tête au Parlement européen. Enfin, le duo Lagarde/Von der Leyen imprime, une fois de plus, la marque franco-allemande qui semblait être, depuis plusieurs mois, à bout de souffle. Mais désormais, rien ne semble se passer comme prévu : et si ce soir, après le vote qui aura lieu à 18 heures heure française, Ursula von der Leyen n’était pas élue, faisant ainsi voler en éclat l’unité de façade des 28 ?

Elle se coupe d’une partie influente de la gauche européenne

Mais que Diable s’est-il passé à la Commission européenne ? Ce qui devait être une promenade de santé pour Ursula von der Leyen s’est transformé en calvaire. L’ancienne Ministre fédérale allemande de la Défense, qui vise donc la présidence de la Commission européenne, a enchaîné les faux pas. D’abord, on ne peut pas dire que la prétendante allemande au poste a véritablement convaincu les eurodéputés : propos qualifiés de "vagues", pas de vision globale d’un projet européen cohérent, interventions peu préparées… Pis : les députés européens se souviendront longtemps, la semaine dernière, de son "grand oral" devant le groupe des Verts, qui s’est transformé en un pugilat lourd de conséquence pour l’allemande von der Leyen, qui s’est vu retirer le soutien de… 75 élus ! Un choix d’ailleurs peu surprenant, quand on compare la poussée des verts dans les urnes et… leur absence à tous les postes clés de l’État-major européen. Une déroute qui s’est confirmée quelques heures plus tard où, les yeux dans les yeux, le GUE (Gauche Unitaire Européenne) a déclaré qu’il ne la soutiendrait pas. Difficile donc de se passer d’une partie – certes pas majoritaire, mais influente — de la gauche de l’hémicycle européen…

Vers un vote sanction à plusieurs inconnues

Ensuite, le duo Merkel-Macron a outrepassé la règle, comme dit précédemment, du Spitzenkandidat. Ce qui a eu le don d’énerver au plus haut point les eurodéputés et chefs de groupes, qui pourraient ce soir sanctionner "la candidate du couple" franco-allemand. Car en suivant la règle implicite, ce n’est absolument pas l’ancienne ministre allemande, mais bien Manfred Weber (tête de liste du PPE, premier à Strasbourg) ou Frans Timmermans (chef de file du S&D, deuxième force politique européenne) qui auraient dû se battre pour succéder à Jean-Claude Juncker. Ce matin, en séance plénière du Parlement européen, Ursula von der Leyen devra convaincre une dernière fois avant le vote de ce soir. Mais il semblerait que rien ne soit acquis, et que les députés de gauche allemands (SPD), qui ont le pouvoir de faire basculer l’élection, ne soient pas ou peu réceptifs aux pressions venues de Berlin pour confirmer la candidate du duo Macron-Merkel. Il reste également d’autres inconnues : que va voter le PPE : confirmer le choix von der Leyen ou faire payer l’absence de "leur" candidat Manfred Weber ? Quelle attitude adoptera dans les urnes les eurosceptiques du groupe ERC, ainsi que le groupe ID du duo Salvini - Le Pen ?

Le rejet de la candidature serait une claque à plusieurs titres : ce serait d’abord un désaveu complet pour la chancelière allemande et le président français. Ensuite, cela mettrait à nouveau à jour les tensions et l’instabilité des institutions européennes, qui payent un manque de dialogue entre les 28 et une absence de consensus avec des pays de plus en plus campés sur leurs positions, sans possibilité de dialogue. Enfin, un rejet de cette candidate, et donc un report du vote au mois de septembre prochain, plongerait l’Union européenne dans deux mois d’âpres négociations, ce que veut à tout prix éviter le couple franco-allemand. Avec l’élection d’Ursula von der Leyen, c’est bien plus qu’une nomination qui est en jeu : c’est l’unité (parfois de façade) des 28 qui se joue ce soir.

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