Politique européenne / europe / Italie
Politique européenne
europe / Italie
Fin d’année apocalyptique pour l’Europe
Il y a encore trois mois, personne ne pouvait imaginer que l’Europe passerait une aussi mauvaise fin d’année. Emmanuel Macron continuait à évoquer au Bundestag la nécessité d’une Europe forte constituée autour du noyau franco-allemand. Il n’était question que de la construction d’une défense européenne, d’une taxe commune contre les Gafas (dont les Allemands ne veulent pas). Et Michel Barnier se voyait déjà proclamé prochain président du conseil européen à la place de Jean-Claude Juncker.
Mais l’histoire est pleine de grains de sable, qu’ils soient petits ou gros, et qui finissent par enrayer la mécanique écrite dans le secret des cabinets ministériels. Il y a quelques semaines tout le monde se congratulait après qu’un accord ait enfin été trouvé sur le Brexit. Theresa May était acclamée par ses vingt-sept congénères européens. Mais tout le monde, autour de la table ronde avait juste oublié, que dans nos démocraties, c’est le peuple ou ses représentants qui ont le dernier mot. Or selon les pointages effectués hier, 415 membres du parlement britannique s’apprêtaient à voter aujourd’hui contre l’accord sur le Brexit et seulement 188 en sa faveur. Theresa May a eu beau reporter sine die le vote, cela ne résout pas le problème.
Il y a trois mois la zone Euro faisait encore office de lieu de félicité avec une croissance honorable, même si l’Allemagne commençait à souffrir du ralentissement chinois, et ne connaissait plus de problème de déficit excessif dans tel ou tel pays de l’Union. C’était sans compter ces drôles de Français habillés d’un gilet jaune qui ont réussi à faire céder deux fois Emmanuel Macron en l’espace de huit jours. D’abord avec l’abandon des taxes sur le carburant qui devaient rapporter 4 milliards d’euros, soit 0,2 % de PIB. Ensuite avec une litanie de mesures en faveur du pouvoir d’achat qui vont faire sortir la France, en 2019, des clous européens avec un déficit estimé entre 3,5 et 3,6 %. L’Hexagone ne sera donc resté que deux années sous la barre des 3 %, après sept années de sanction pour déficit excessif.
Enfin la crise italienne n’est toujours pas réglée. Rome a beau présenter un bilan bien plus flatteur que Paris avec un déficit budgétaire initialement programmé à 2,4 % du PIB, et qui a été renégocié depuis autour de 2,1 ou 2,2 %, les technocrates de Bruxelles se font un plaisir de ne pas accorder leur visa à ce budget. Officiellement parce que la dette italienne a dépassé les 130 % de PIB (bien qu’elle soit très majoritairement détenue par les Italiens eux-mêmes). Officieusement parce qu’il est insupportable à des personnalités comme Pierre Moscovici ou Jean-Claude Juncker d’admettre que l’un des pays signataires du Traité de Rome est gouverné par deux partis populistes et europhobes.
Autant dire que tout cela augure très mal d’une année 2019 qui va être marquée par des élections européennes. Des élections dont les débats préparatoires vont pointer du doigt tous les dysfonctionnements de l’Union européenne, tous les dénis de démocratie et la nécessité de refonder urgemment le pacte européen tel qu’imaginé par les pères fondateurs de la Communauté. "Vaste programme" comme aurait dit le Général de Gaulle.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

