Politique européenne / Italie
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Italie
Calendrier du risque italien
La politique italienne sera l'un des principaux risques pour les marchés en cette rentrée d'automne. Et si les taux du pays à dix ans ont franchi la barre des 3% mi-août sur fond de crainte des investisseurs concernant la future loi budgétaire, potentiellement beaucoup trop dispendieuse, ils pourraient grimper bien plus dans les prochaines semaines. Aujourd'hui même, ils se traitaient autour de 3,246%, contre 2,6% fin juillet et 1,59% seulement début avril.... Mi-mai, la formation d'un gouvernement populiste réunissant la Ligue du Nord et le Mouvement Cinq étoiles avait déjà bouleversé le marché obligataire, en raison du caractère atypique de cette alliance politique, à la fois anti-européenne, opposée sur de nombreux sujets et donc plus fragile et enfin peu habituée des questions économiques.
Plusieurs dates clés aux mois de septembre et octobre prochains seront déterminantes "pour connaître et apprécier la radicalité du gouvernement italien, non pas seulement dans ses propos, comme on l'a observé depuis quelques mois, mais dans ses actes", comme l'explique le chef économiste d'Oddo Bruno Cavalier, dans une note publiée cette semaine sur le sujet.
A commencer par l'Ecofin du 7 septembre prochain, où l'Italie pourrait officiellement demander une plus grande flexibilité de la part de Bruxelles et la Commission concernant le budget des États. Ce qui augurerait d'un projet de loi de finances italien beaucoup trop dépensier au regard des critères de convergence européens. Le Parlement italien doit justement valider le projet de loi de finance le 27 septembre prochain, qui sera ensuite soumis à la Commission européenne d'ici le 15 octobre.
De son côté, la Commission rendra ses prévisions macroéconomiques début novembre et commencera à partir de ces projections à en évaluer l'impact sur le budget de chacun des États. C'est fin novembre seulement qu'elle publiera ses recommandations officielles par Etat. Elle pourrait alors annoncer à l'Italie que son projet de loi de finance n'est pas suffisamment solide, en lui demandant de l'amender et de réaliser davantage d'économies. "Rome peut ignorer cet avis mais s’expose alors à l’ouverture d’une procédure pour déficit excessif, dans un délai qui peut prendre plusieurs mois", explique ainsi Bruno Cavalier.
Tous ces événements pourraient non seulement inquiéter les investisseurs en dette italienne, qui ont déjà commencé à revendre leurs titres en portefeuille, mais aussi les agences de notation. Demain soir justement, Fitch devrait publier sa nouvelle revue de la note du pays, un peu plus d'un an après l'avoir abaissée d'un cran, à BBB, justement en raison de l'augmentation de l'incertitude politique. Certes, il est peu probable que l'agence dégrade de nouveau la note du pays, mais elle pourrait abaisser sa perspective de stable à négative. Ce qui serait un mauvais signal pour les marchés. D'autant que Moody's doit également rendre son rapport sur le pays le fin octobre, et que pour cette agence, la perspective est cette fois négative. L'agence devait initialement donner son verdict le 7 septembre, et a décalé le calendrier, sans doute justement pour tenir compte de l'agenda budgétaire de l'Italie.
"Sauf abaissement général de la note souveraine de deux crans ou plus, ce qui paraît improbable à court terme, la dette italienne restera éligible aux achats de la BCE", estime encore l'économiste en chef d'Oddo. Mais ces achats de Francfort vont s’arrêter à la fin 2018, et l'Italie, si elle est boudée par les investisseurs privés, ne pourra plus compter sur ce soutien pour contenir la montée des taux...
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