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Taux - Dette Souveraine / Italie

Taux - Dette Souveraine
Italie

La dette italienne fait les montagnes russes

Le rendement des obligations italiennes à dix ans fait le yoyo depuis lundi, au gré de déclarations contradictoires du gouvernement au sujet du budget. L'exécutif du pays est en train de perdre toute crédibilité aux yeux des marchés.
Rome - Italie - illustration
Rome - Italie - illustration

Les investisseurs en dette italienne ne savent plus quoi penser des déclarations du gouvernement de coalition italien au sujet de l'épineuse question du budget. Rappelons que l'élection d'un gouvernement populiste en mai dernier, alliant le parti d'extrême gauche Cinq Étoiles et celui d'extrême droite La Ligue du Nord, avait initialement fait bondir le rendement des obligations italiennes à dix ans, passant de 1,75% à 3,178% en l'espace de trois semaines, en raison d'un programme économique jugé beaucoup trop dispendieux. La volonté de la Ligue d'instaurer une flat tax et celle de Cinq Étoiles de mettre en place un revenu universel, aurait en effet coûté plus de 67 milliards d'euros au pays, faisant grimper le déficit de 2,3% du PIB à 6,2%, selon les calculs de Capital Economics. 

Mais les deux partis populistes ont rapidement rassuré les marchés après l'élection, en affirmant qu'ils respecteraient les critères de Maastricht, après avoir nommé un ministre des Finances modéré. Fin août cependant, un nouveau mouvement de sell off de la dette italienne s'est produit, sur fond de mésentente au sein du gouvernement concernant le bouclage du budget. Et de nouveau le taux des titres à dix ans est passé de 2,5% à 3,2% le 31 août, un record en quatre ans et demi. Puis les taux ont de nouveau dégringolé les premiers jours de septembre après que le gouvernement a rassuré les investisseurs : le Premier ministre Giuseppe Conte a affirmé que le budget serait entièrement destiné à promouvoir la croissance et la compétitivité. Et Matteo Salvini, le leader de la Ligue a quant à lui déclaré que le budget ne comprendrait pas l'ensemble des mesures annoncées pendant la campagne. 

Un autre facteur, technique cette fois, a également permis de faire baisser les taux de la dette du pays au début du mois. Le Trésor italien a procédé à des rachats de titres de court terme, pour 950 millions d'euros, soit un montant plus important que lors des précédentes opérations de ce type en mai et juin. Ces rachats, qui ont à chaque fois eu lieu au moment des périodes de fortes tensions sur le marché souverain italien, ont permis de démontrer aux investisseurs en dette, que le Trésor se tiendrait présent à chaque mouvement de sell off. 

Une déclaration du Mouvement Cinq Étoiles publiée par l'agence d'information Ansa ce mercredi a cependant de nouveau fait flamber la dette du pays, le rendement à dix ans passant de 2,7% à 2,812% en l'espace d'une journée. Le mouvement d'extrême gauche aurait en effet déclaré qu'il exigeait la démission du ministre des Finances Giovanni Tria, si celui-ci n'incluait pas le projet de revenu universel - qui coûterait 10 milliards à lui seul - dans le budget.

Dans ces conditions, comment croire encore le gouvernement italien, qui doit pourtant présenter sa copie à Bruxelles d'ici le 15 octobre ? Seule façon de prendre un peu de recul par rapport à ces déclarations politiques changeantes et avoir une idée de l'évolution de long terme de la dette du pays selon Capital Economics : tourner les yeux vers les grandes tendances macroéconomiques. "Le rendement de la la dette italienne dépendra de la croissance économique italienne, autant que de sa politique fiscale", explique ainsi Jennifer McKeown, chef économiste chez Capital Economics. Or le PIB n'a progressé que de 0,2% au deuxième trimestre, et les dernières enquêtes de confiance auprès des entreprises n'augurent pas vraiment d'une accélération de la croissance en seconde partie d'année. Et même si le ministre des Finances parvient à faire passer un budget le plus raisonnable possible, le déficit du pays devrait grimper, poursuit Jennifer McKeown. Sachant que dans le même temps, la BCE devrait stopper ses achats de titres en décembre prochain (qui ont atteint 74,7 milliards pour l'Italie ces 12 derniers mois), il est certain que les taux italiens continueront de grimper sur le long terme. "Nous estimons que le rendement des titres à dix ans atteindra 3,5% d'ici la fin de l'année et même 4% fin 2019",  conclut l'économiste. 

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