Fiat : faire au moins aussi bien
A en juger par les marchés et la presse italienne, le départ dans l’urgence du patron de Fiat Chrysler est un coup dur. Alors que ce week-end le groupe a annoncé le remplacement de Sergio Marchionne - gravement malade - ce matin, le titre du constructeur automobile perdait 4% à l’ouverture. Parallèlement à la déception côté Bourse, les médias de la Botte ont salué « la fin d’une époque », selon les mots du Corriere della Serra. De la même façon, certains politiques et syndicats ont fait part de leur tristesse. « Marchionne a été un grand protagoniste de la vie économique des 15 dernières années (...). Il a réussi à donner un avenir à Fiat quand cela semblait impossible. Il a créé des emplois, pas des chômeurs. Chapeau », a notamment déclaré l'ancien chef du gouvernement Matteo Renzi (centre gauche).
Le patron de Fiat avait prévu de se retirer en avril 2019. Le plan de succession a finalement été accéléré. Sergio Marchionne, 66 ans, était hospitalisé à Zurick depuis une opération à l’épaule fin juin. Le dirigeant aurait souffert de complications en série. Une nouvelle « détérioration » aurait été constatée vendredi. « Cette fois-ci sans retour. Le patient ne réagit plus », selon La Repubblica. Certains médias ont même évoqué des « conditions irréversibles ».
Et c’est Mike Manley, patron de Jeep, qui a été nommé nouvel administrateur délégué de Fiat Chrysler Automobiles (FCA), en charge également de la région Amérique du Nord. Ce cinquantenaire, d’origine britannique, devrait mener à bien le plan stratégique présenté début juin par son prédécesseur. Sergio Marchionne avait prévu de doubler le bénéfice d’exploitation du groupe d’ici 2022 grâce aux SUV ainsi qu’aux voitures hybrides et électriques. L’investissement pour ces dernières étant fixé à neuf milliards d’euros. Par ailleurs, Louis Camilleri, patron de Philip Morris (groupe très lié à Fiat), devient administrateur délégué de Ferrari, dont John Elkann, président de FCA et petit-fils d'Umberto Agnelli (ex-président de Fiat), prend la présidence. Tandis que Suzanne Heywood arrive à la tête de CNH Industrial, le groupe de gros engins et camions issu d'une scission en 2011, en remplacement de Sergio Marchionne.
Mike Manley avait pris la tête de Jeep en 2009, en pleine crise. « La réussite de la marque Jeep sous la houlette de Mike Manley et son expérience internationale en font un choix avisé pour être le nouveau patron de FCA », a expliqué Karl Brauer, directeur des rédactions d'Autotrader et de Kelley Blue Book, selon des propos rapportés par Reuters. Les analystes de Morgan Stanley ont estimé le mois dernier que les marques Jeep et Ram, que chapeautait l'ingénieur Mike Manley, ont réalisé un chiffre d’affaires annuel de 84 milliards de dollars, soit les deux tiers du chiffre d’affaires total de FCA.
Il n’en faut pas moins pour remplacer l’emblématique Sergio Marchionne et patron du premier employeur privé d’Italie. En 14 ans, il n’a eu de cesse de faire évoluer l’entreprise. Il l’a d’abord redressée, puis en 2009 l’a alliée à l'Américain Chrysler, tout en détachant d'une part les activités gros engins/camions en 2011 pour créer CNH Industrial, et d'autre part Ferrari en janvier 2016. Ce père de deux enfants a étudié la philosophie, le droit et le management au Canada, pays où sa famille a émigré quand il avait 14 ans. Il a débuté en fiscal chez Deloitte and Touche. Avant de rejoindre Fiat, il a été directeur général du groupe suisse SGS, spécialiste de la certification, dont il est toujours président. Des résultats record ont été enregistrés par Fiat en 2017. Son successeur va avoir la lourde tâche de faire au moins aussi bien. Et surtout de relever le défi technologique.
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