Politique économique / Emmanuel Macron / déficit public / CICE / europe
Politique économique
Emmanuel Macron / déficit public / CICE / europe
Le Père Noël est fauché
Emmanuel Macron qui se veut un anti François Hollande ressemblait beaucoup à son prédécesseur hier soir. Dans sa manière de chercher dans une "boîte à outils" imaginaire des rustines afin de boucher les fins de mois de millions de Français, transformés en Gilets jaunes. Si bien que tel un lapin de six semaines pris dans les phares d’une voiture, il a été amené à contredire deux de ses principaux ministres, qui participaient pourtant à la réunion de 4 heures hier matin avec les partenaires sociaux.
Muriel Pénicaud avait déclaré dimanche qu’il était hors de question de donner un coup de pouce au SMIC et voilà le chef de l’État qui annonce un geste de 100 euros par mois pour les 2 millions de Français qui bénéficient de ce salaire minimum. Quant à Bruno Le Maire, il avait dit le matin même qu’on ne pouvait pas revenir sur la hausse de la CSG imposée aux retraités. Emmanuel Macron lui a démontré l’inverse en décidant de l’annuler pour les retraites inférieures à 2.000 euros par mois.
Mais en dehors de cette cacophonie, qui montre que Jupiter, n’écoute finalement que lui-même, Alexis Köhler, le secrétaire général de l’Élysée et Ismaël Emelien, son conseiller politique, à aucun moment il a été question du financement de ces mesures. Il n’est pas question de nouveau prélèvement, fort heureusement. Car on ne résout pas un ras-le-bol fiscal, en créant de nouveaux impôts ou en augmentant la pression fiscale sur les plus aisés. Il n’est pas question de faire payer les entreprises, d’autant qu’il leur est demandé – sur la base du volontariat – de distribuer une prime de Noël. Et pourtant on peut s’interroger sur l’opportunité du double CICE dont elles vont bénéficier en 2019 avec à la clé une marge de manœuvre de 20 milliards d’euros.
Au total ces 10 à 11 milliards de rustines trouvées dans la boîte à outils du Père Noël Macron, celles-ci vont donc tout simplement alourdir le déficit budgétaire. Celui-ci était fixé à 2,8 % du Produit intérieur brut dans le Projet de Loi de Finances. Il pourrait grimper à 3,5, voire même, selon certaines sources, 3,6 %, de la richesse nationale et viendra augmenter la dette publique d’un montant équivalent. C’est finalement sur ce point que le Chef de l’État se renie du tout au tout. Il avait fait du respect des engagements européens la clé de voûte de son mandat. Normal de la part de quelqu’un qui veut refonder l’Europe. Ce sont les Italiens qui doivent trouver la situation cocasse, eux dont le budget a été retoqué par Bruxelles à cause d’un déficit anticipé de 2,4 % du PIB…
Hier Emmanuel Macron a peut-être – mais c’est loin d’être sûr – affaibli le mouvement des Gilets jaunes et sifflé la fin de la récré. Hier il a été contraint après dix-huit mois de réformes par ordonnances, de tenir compte enfin de la parole des Français et d’engager un virage social. Mais hier, il a perdu toute crédibilité sur le plan européen… comme l’ensemble de ses prédécesseurs depuis la mise en place des critères de Maastricht.
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