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Banques / Deutsche Bank / Scandale / Donald Trump

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Deutsche Bank / Scandale / Donald Trump

Deutsche Bank et la loi de Murphy

Une tartine beurrée tombe toujours du côté du beurre. Pour Deutsche Bank surtout.
Deutsche Bank
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Tout ce qui est susceptible d’aller mal, ira mal. Voilà un adage qui prend sens si l’on regarde l’actualité ancienne et récente de Deutsche Bank, qui accumule les couacs depuis deux décennies.

À la fin de l’année 2016, Deutsche Bank était dans le viseur du Département américain de la Justice pour la vente de produits toxiques ayant contribué à la crise des subprimes. La pénalité financière, initialement avancée à 14 milliards d’euros, est finalement réduite de moitié. Trois ans plus tôt, la banque faisait déjà partie des cinq établissements condamnés par Bruxelles à payer une amende totale de 1,7 milliard d’euros pour avoir manipulé les taux interbancaires Libor et Euribor. En 2015 et pour les mêmes raisons, Washington lui inflige une amende de 2,5 milliards de dollars.

En juin 2018, la banque accepte de solder l’affaire des taux de change en payant une amende de 205 millions de dollars au régulateur des services financiers de New York (DFS). De 2007 à 2013, des traders et des salariés s'étaient concertés pour fausser les taux et tromper des clients, tout en échangeant des informations confidentielles. Sans compter le bruyant bras de fer juridique en 2002 entre Rolf Breuer, alors patron de la banque, et Leo Kirsch, le baron des médias allemands, lorsque le premier avait insinué que le second traversait une mauvaise passe financière. Leo Kirsch l’accusait alors d’avoir provoqué sa faillite, les banques refusant de fait de lui prêter de l'argent. En 2014, Deutsche Bank versera 925 millions d’euros aux héritiers de Leo Kirsch, décédé trois ans avant.

Dans l'actualité plus récente, Deutsche Bank est visée par une enquête de la justice allemande pour blanchiment d’argent, déclenchée par les révélations des Panama Papers. Le scandale de la banque danoise Danske Bank qui porte sur plus de 200 milliards de dollars, s’est étendu au prêteur allemand, qui grâce à ce système frauduleux aurait participé au blanchiment d’argent russe en Estonie. Et depuis le 16 avril, deux commissions de la Chambre des représentants ont délivré des assignations à comparaître à plusieurs institutions dont la Deutsche Bank, pour obtenir des informations sur Donald Trump, ce à quoi le Président répond depuis hier par une attaque en justice, aux côtés de sa famille et de son groupe. La banque serait l’un des seuls grands établissements à avoir continué à prêter de l’argent à Donald Trump après la mise en faillite de certains de ses casinos à la fin du siècle dernier, donnant naissance à des créances estimées à 330 millions d’euros.

La même semaine lorsque Deutsche Bank reçoit l'assignation, on apprend que plus de 83 % du personnel de Commerzbank s’oppose à la fusion, alors que ce deal constituait l'une des seules éclaircies dans le ciel obscur de la banque. La résistance des employés est l’une des raisons qui aboutira huit jours plus tard à un échec. Le 25 avril, les deux banques allemandes abandonnent leurs pourparlers de fusion, engagés mi-mars, et qui devaient donner naissance à un géant bancaire, tant souhaité par la direction de Deutsche Bank. Il faut dire que le scénario d’une fusion était semé d'embûches pour les établissements empêtrés dans des restructurations douloureuses et des coupes nécessaires après des années de recettes et de rentabilité en berne, et surtout des scandales.

Le 28 avril, Deutsche Bank publie ses résultats du premier trimestre. Le marché réagit mal alors que la division phare de la banque d’investissement finit le trimestre sur une perte de 88 millions d’euros, contre un gain de 205 millions un an plus tôt. Les recettes de la BFI se sont contractées de 13 % à 3,3 milliards d’euros, soit la moitié de ses revenus totaux. Quant aux charges, elles ont fondu de 9 % sur les trois premiers mois de l’année “grâce” au départ de plus de 6.000 salariés.

Dans cette nouvelle affaire américaine et puisque le pire est toujours certain, ce sont les États-Unis que la banque avait choisi pour se restructurer après avoir échoué aux tests de résistance en juin l’an dernier, évoquant des faiblesses dans les capacités de données et dans les contrôles de planification de fonds propres de la banque. D'autant plus que la Réserve fédérale américaine venait d'annoncer ce mois-ci qu'elle prévoyait un assouplissement des normes de fonds propres et les conditions des tests pour les filiales des banques étrangères.

En raison de tous ses scandales, la banque a perdu 80 % de sa valeur boursière en dix ans. Et ses participations précieuses dans des groupes de premier plan ont été vendues pour financer ses erreurs. Au total, Deutsche Bank serait poursuivie dans plus de 6.000 affaires à travers le monde.

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