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Elizabeth Warren, le Robin des Bois de l’Amérique corporate

Connue pour ses positions anti-Wall Street, la sénatrice démocrate veut introduire une loi obligeant les entreprises américaines générant plus d’1 milliard de dollars de revenus à adopter une charte fédérale, et intégrer les intérêts des salariés. Quelques sociétés, comme Danone, ont déjà adopté ce modèle durable aux US.
NYSE - Bourse - drapeau américain - New York - USA - Etats-Unis
NYSE - Bourse - drapeau américain - New York - USA - Etats-Unis

Elizabeth Warren peut-elle être le renouveau d’un parti démocrate affaibli depuis l’élection présidentielle ? La sénatrice démocrate du Massachussets, qui est connue pour ses sorties pugnaces contre les patrons de banques - notamment les dirigeants de Wells Fargo après le scandale des comptes frauduleux - continue sa croisade. Hier, elle a publié une tribune dans le Wall Street Journal pour détailler sa proposition de loi visant à obliger les grands corporates américains à enfin intégrer les intérêts de toutes ses parties prenantes au sens large, et non celui de ses actionnaires à court terme.

La politique part d’un constat évident : les profits des corporates bondissent, mais les salaires moyens sont restés stables l’an passé, et ce phénomène se matérialise depuis maintenant des décennies. Car si les entreprises ont pendant longtemps rempli leurs obligations à l’égard des employés, clients et de la communauté dans laquelle elles évoluent, cette dynamique a changé à partir des années 80, sous l’influence de l’économiste Milton Friedman. L’objectif principal des entreprises a alors été clairement fixé comme « générer des retours économiques pour ses propriétaires », selon Business Roundtable. Conséquence : entre 2007 et 2016, les sociétés US ont dédié 93% de leurs profits à leurs actionnaires, contre moins de 50% au début des années 80. Et comme les 10% des Américains les plus riches contrôlent 84% des actions américaines, cela a eu pour effet de les rendre de plus en plus riches. En parallèle, les salaires ont stagné sur la période malgré la hausse de la productivité, ce qui montre que « les Américains ne reçoivent pas ce qu’ils ont gagné ». Le problème est encore aggravé par le fait que les CEO sont eux-mêmes incités à faire grimper le cours, puisque 62% de leur rémunération est désormais en titres, et ils gagnent désormais 361 fois plus que le salarié moyen…

D’où l’importance de replacer un peu de responsabilité au cœur du fonctionnement des entreprises. Elizabeth Warren veut donc introduire une loi qui obligerait les entreprises générant plus d’1 milliard de dollars de revenus à adopter une « charte corporate » détaillant leurs obligations au niveau fédéral. Ce type de charte existe dans certains Etats mais ils ne sont pas incités à augmenter les obligations des corporates, de peur qu’ils s’installent ailleurs. La sénatrice propose donc une charte fédérale qui inciterait les boards à prendre en compte les intérêts des salariés - en nommant par exemple un représentant des salariés au conseil -, et de la communauté au sens large. Les actionnaires pourraient attaquer en justice si les entreprises ne respectaient pas ces principes.

Cette démarche se rapproche des « benefit corporation », ou B-Corp, un label déjà en cours dans 34 Etats et qui soumet les entreprises à des objectifs de performance sociale et environnementale, de transparence etc. En avril dernier, Danone a ainsi annoncé avoir obtenu la certification B-Corp pour ses filiales américaine et britannique, montrant le chemin de la stratégie responsable et de long terme. Elizabeth Warren veut introduire des objectifs chiffrés : les employés éliraient 40% du board, 75% du conseil et des actionnaires devraient approuver une dépense à caractère politique et les dirigeants ne pourraient vendre leurs titres pendant cinq ans, et trois ans après un programme de rachats de titres. Des objectifs très - trop ? - ambitieux qui ont peu de chances d’aboutir dans un Congrès à majorité républicaine, mais la sénatrice mise sur l’issue des élections de mi-mandat en novembre prochain.

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