Etats-Unis : trois femmes démocrates candidates à la Présidence en 2020 ?
En 1872, Victoria Woodhull était la première femme à se présenter à la Présidence américaine. En 2016, Hillary Clinton était la première femme à obtenir la nomination d’un des deux grands partis du pays, face à un homme accusé de harcèlement sexuel. Tout le monde connaît le reste de l’Histoire, où la femme de l’ex-Président a perdu face à Donald Trump, qui a réussi à obtenir les voix des femmes blanches et éduquées, habituellement réservées aux démocrates. Sa présidence a néanmoins été marquée dès le début par la déferlante MeToo, lorsque des centaines de milliers de femmes ont défilé dans le pays pour s’opposer au locataire de la Maison-Blanche, sur le slogan "pas mon Président". Le scandale Harvey Weinstein, et les affaires de harcèlement sexuel dans les médias ou la tech ont ensuite fait la Une des journaux régulièrement depuis 18 mois. Jusqu’au point d’orgue : la nomination de Brett Kavanaugh comme juge à la Cour Suprême, à l’issue d’une audition avec celle qui l’accusait d’agression sexuelle devant le Comité Judiciaire du Sénat.
Ces épisodes risquent de marquer durablement la vie politique américaine, et cela se manifeste dès aujourd’hui, en perspective des élections de mi-mandat. L’année 2018 est déjà appelée "l’année des femmes", en référence à 1992, lorsqu’un nombre record de femmes s’était présenté au Congrès. Cela était aussi en réaction à la nomination de Clarence Thomas comme juge à la Cour Suprême, malgré les accusations de harcèlement sexuel de son ancienne assistante, Anita Hill. Souvenirs ? A l’heure actuelle, 107 femmes siègent au Congrès, soit seulement 20% du total de l’organe législatif. Mais l’équilibre pourrait changer, car 262 femmes sont en course pour entrer à la Chambre des Représentants ou au Sénat le 6 novembre prochain.
Mais certaines ont déjà un objectif encore plus ambitieux en ligne de mire : la Présidence de 2020. Et le camp démocrate a une carte cruciale à jouer, car les femmes se montrent à la fois remontées par l’actualité récente et prêtes à agir. Trois femmes seraient sur les rangs : tout d’abord la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, qui est la plus proactive et a frappé un grand coup en publiant les résultats de son ADN qui confirment qu’elle a des origines d’Américaine native. Ce que Donald Trump déclarait faux dans ses attaques envers elle. Cette dernière est la bête noire de Wall Street, car elle a été particulièrement virulente dans ses critiques envers les banques, qui n’ont selon elle pas été punies de la crise financière. Elle a aussi introduit un projet de loi cet été, qui obligerait les grandes entreprises à adopter une charte définissant leurs objectifs, afin de mettre fin à la seule culture de rémunération des actionnaires.
Ensuite, la sénatrice démocrate de Californie, Kamala Harris. Cette noire Américaine vient de présenter elle aussi un projet de loi en faveur de la classe moyenne, qui pourrait recevoir jusqu’à 6.000 dollars supplémentaires par an. En déplacement en Caroline du Sud, elle est arrivée sur le podium pendant que le public scandait : "Madame présidente" mais doit d’ores et déjà conforter sa place au Sénat en novembre, tout comme Elizabeth Warren. Le troisième profil est celui de Kirsten Gillibrand, sénatrice de New York. Cette dernière a une autre proposition : donner un congé parental payé, étant donné que les Etats-Unis sont le seul pays développé sans congé maternité. Si elle dit n’avoir pas encore pris de décision, elle a estimé que le mouvement en faveur des femmes était bien plus fort qu’en 2016 et que "plusieurs femmes se présenteront". Un cas de figure inédit, mais qui serait essentiel pour la renaissance d’un parti qui a volé en éclats après une élection que tout le monde pensait acquise.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

