Politique économique / Elizabeth Warren / Etats-Unis / fiscalité
Politique économique
Elizabeth Warren / Etats-Unis / fiscalité
Impôt sur la fortune : quand les US deviennent l’ennemi de la finance
Depuis les élections de mi-mandat, les démocrates qui ont conquis la Chambre des Représentants se sentent pousser des ailes. Et leurs dernières propositions fiscales, sur fond de positionnement politique en vue de l’élection présidentielle de 2020, risquent de ne pas vraiment être au goût des grands pontes américains réunis en ce moment à Davos. Jeudi, les premières informations ont fuité sur un nouvel impôt sur la fortune que compte proposer Elizabeth Warren, sénatrice démocrate du Massachusetts. Bien connue pour ses opinions très agressives envers Wall Street, cette dernière s’apprêterait à proposer une taxe de 2 % sur les Américains dont la fortune est supérieure à 50 millions de dollars, et même de 3 % lorsque ce patrimoine excède le milliard de dollars.
Elle a été conseillée dans ses réflexions par les travaux d’Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, deux économistes de Berkeley qui ont relevé que la fortune de 1 % des Américains les plus riches avait atteint et même dépassé celle des 95 % les plus pauvres depuis 2009. Cette taxe toucherait 75.000 familles américaines, soit moins de 0,1 % de la population, et rapporterait 2.750 milliards de dollars sur dix ans, selon l’un des économistes interrogés par le Washington Post. Ce plan serait accompagné de trois mécanismes pour empêcher l'évasion fiscale : une hausse du financement de l’IRS (le fisc américain), un taux d’audit obligatoire annuel pour les personnes qui s’acquittent de cette taxe et enfin une pénalité pour ceux qui ont un patrimoine supérieur à 50 millions de dollars et veulent renoncer à leur citoyenneté.
Cette proposition a de quoi faire couler de l’encre, d’autant qu’elle suit de près celle d’une autre figure en vue dans l’establishment démocrate : Alexandria Ocasio-Cortez, qui a défrayé la chronique après avoir battu le député démocrate en place aux primaires à New York, et est ensuite devenue la plus jeune députée du Congrès à 29 ans. Soutenue par Bernie Sanders, elle a lancé début janvier l’idée d’une taxe à 70 % sur les revenus supérieurs à 10 millions de dollars, notamment afin de financer un “Green new deal” consistant à produire 100 % des besoins énergétiques américains via des énergies renouvelables d’ici 10 ans, et mettre fin à toutes les émissions de gaz à effet de serre industrielles.
Déjà officielle, la mesure présentée par Alexandria Ocasio-Cortez n’a pas manqué de faire réagir à Davos. “Cela fait peur”, a déclaré Scott Minerd, CIO du fonds Guggenheim Partners qui gère 265 milliards de dollars. Ce dernier a jugé que de telles propositions allaient gagner du terrain d’ici l’élection et que leur probabilité d’adoption était “très réelle”. Quant à Steve Schwarzman de Blackstone, il s’est montré caustique, se qualifiant de “très enthousiaste” face à cette mesure alors que les États-Unis sont déjà le “deuxième pays le plus progressiste au monde” au niveau fiscal. À noter que selon les calculs des économistes de Berkeley, le taux d’impôt (fédéral et local) des 1 % les plus riches est de 3,2 %, contre 7,2 % pour les 95 % les moins aisés.
Glenn Hutshins, fondateur du fonds de private equity Silver Lake, a jugé qu’il ne s’agissait que d’une gesticulation politique de la part de la nouvelle venue, qui a très peu de chances de passer au Congrès. Enfin, un autre milliardaire interrogé par CNBC s’est en revanche montré plus circonspect, jugeant que les démocrates n’iraient pas aussi loin en 2020 dans le but d’optimiser leurs chances de victoire.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

