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ISF / Emmanuel Macron / fiscalité / extrêmes
L’absurde totem de l’ISF
Benjamin Griveaux, Marlène Schiappa et même Édouard Philippe ont eu hier des propos plus ou moins ambigus sur l’impôt sur la fortune immobilière qui a remplacé l’ISF, avec beaucoup d’inconvénients. Ce qui pouvait laisser penser que l’exécutif était en train de travailler sur un retour de l’ISF, dont la suppression a valu à Emmanuel Macron le surnom de "Président des Riches". Heureusement l’Élysée est intervenu hier soir pour mettre fin à cette querelle byzantine et dire qu’il n’était pas question de revenir sur l’ISF.
Ouf ! Car rétablir cet impôt que François Mitterrand lui-même qualifiait "d’imbécile", eut été tomber deux fois dans le piège. D’abord dans le piège des extrêmes, notamment Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, qui, depuis le début du mouvement des gilets jaunes, réclament le retour de cet impôt devenu un "totem". Il faut dire que sa suppression a coûté environ 4 milliards d’euros aux finances publiques. Or 4 milliards, c’est exactement ce que devait permettre d’engranger la hausse des taxes sur les carburants. Ce n’est ni par le simplisme, ni en faisant des plus riches les boucs émissaires de la situation actuelle que l’on résout une crise.
Le deuxième piège dans lequel Emmanuel Macron risquait de sauter à pieds joints aurait consisté à revenir sur ce qui lui a permis d’être élu : être de gauche tout en ayant un discours transgressif vis-à-vis de ses amis politiques et un regard réaliste sur la situation de la France. En plus de 35 ans d’existence, l’impôt sur la fortune a fait fuir à l’étranger près de 2.000 milliards d’euros de richesse. Autant d’argent, qui au lieu de s’investir sur le territoire français a fait de la Belgique, des Pays-Bas, de la Suisse ou de Londres des plates-formes du capital-investissement.
Emmanuel Macron avait très bien compris que le capitalisme repose sur un trépied : le travail, le capital et la confiance. En abrogeant l’ISF, du moins sur tout ce qui concerne les actifs industriels et financiers, le Chef de l’État avait d’emblée voulu montrer que la France – qui était devenue le dernier pays à avoir un impôt sur le capital – devenait enfin un territoire bienveillant à l’égard des créateurs d’entreprise, des investisseurs et des actionnaires. Pari gagné puisque l’an passé la France est le pays d’Europe qui a enregistré le plus grand nombre de projets d’investissements de la part de sociétés étrangères.
En cédant sur la question des taxes sur les carburants, le Chef de l’État, a sans doute hypothéqué la suite de son mandat. Il n’est plus en mesure aujourd’hui de mettre en selle une réforme des retraites, une réforme de l’assurance chômage, une réforme de la fonction publique ou une baisse du nombre de fonctionnaires. S’il était tombé dans le piège du retour de l’ISF, il n’avait plus qu’à faire ses valises. Au risque de laisser sa place à une alliance brun-rouge, comme en Italie. Un cauchemar pour notre pays.
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