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Emmanuel Macron / ISF / impôt / débat
La France a-t-elle vraiment besoin d’un grand débat ?
Emmanuel Macron a donc écrit sa fameuse lettre aux Français qui ouvre le grand débat qu’il a souhaité avec l’ensemble de ses compatriotes. Un débat qui doit durer deux mois et dont on ne sait pas encore très bien sur quoi il pourra déboucher de concret. Tout ce que l’on sait depuis ce matin, c’est que Chantal Jouanno ayant fait défection, ce sont les ministres Sébastien Lecornu et Emmanuelle Wargon qui seront chargés de l’animer.
Dans sa lettre aux Français destinée à cadrer le Grand débat, le Chef de l’État explique qu’il n’y a pas de tabou et que l’on peut discuter de tout. Avec certaines réserves. Il rappelle qu’il a été élu sur un programme. Que certaines réformes ont déjà été mises en œuvre. Et que l’on ne saurait donc revenir dessus. Il vise notamment l’ISF, dont 77 % des Français souhaitent le rétablissement et qui a été abrogé ou transformé en Impôt sur la Fortune Immobilière.
Qu’Emmanuel Macron ait choisi cette solution pour répondre à la crise sociétale des Gilets jaunes, c’est son choix ! Qu’il oriente peu ou prou le débat sur la question de la dépense publique, de la justice fiscale ou du pacte social c’est assez logique compte tenu des revendications des "Gilets jaunes" ! Qu’il souhaite que ce débat porte sur des questions aussi diverses que la biodiversité, les services publics, ou les conditions de l’immigration, c’est en revanche un exercice ambitieux, périlleux et discutable.
Nous voilà avec un Président de la République qui a souhaité, il y a deux ans, renverser la table de la vieille classe politique, qui s’est fait élire sur la base d’un programme assez ambigu du "en-même-temps", qui a constitué un nouveau parti politique, dont la première mission a été de constituer une sorte de Grand débat partout en France. Et le voilà, aujourd’hui après 20 mois de présidence, qui donne le sentiment de demander aux Français des idées pour réparer la vaisselle qui était posée sur la table qu’il a renversée en se faisant élire.
Ce Grand débat et les 35 questions qui l’encadrent donnent un goût de malaise dans un pays où les institutions voulues par le Général de Gaulle – avant qu’elles ne soient abîmées par l’instauration du quinquennat – font que le pays est dirigé par un homme directement responsable devant le peuple qui l’a élu. "Gouverner c’est choisir" disait très justement Pierre Mendès-France. Gouverner ce n’est pas débattre, ce n’est pas bavarder, ce n’est pas interroger les Français, sauf à remettre son mandat en jeu. Là est toute la limite de ce grand débat dont la France, qui est déjà au ralenti depuis trois mois, aurait bien fait l’économie.
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