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Coalition CDU-SPD / impôt / Fortune
Allemagne : le retour d'un vieux serpent de mer
La coalition formée par le SPD et la CDU-CSU depuis le 14 mai 2018 ne fait pas l’unanimité en Allemagne, et encore moins au sein du Parti social-démocrate qui cherche à tout prix à la dynamiter. Le SPD a fait savoir par l’intermédiaire de son co-président par intérim, Thorsten Schäfer-Gümbel, qu’il préconisait un prélèvement de 1 % sur les multimillionnaires et 1,5 % sur les très grandes fortunes, qui rapporterait 10 milliards d’euros par an soit 0,2 % point de PIB.
Un tel positionnement est nécessaire pour redistribuer les cartes et former une possible alliance de type gauche plurielle. Les Verts ont d’ailleurs salué l’initiative, mais la gauche radicale se montre plus circonspecte. L'impôt sur la fortune, qui existait encore sous le chancelier Helmut Kohl, fut déclaré inconstitutionnel par la Cour constitutionnelle fédérale en 1995, en partie parce que la propriété immobilière était favorisée. Les taux d'imposition se situaient entre 0,5 % et 1 % pour les entreprises et 1 % pour les particuliers chaque année.
Le SPD justifie cette mesure par le fait que les inégalités auraient augmenté en Allemagne. Aujourd’hui, 45 ménages possèdent autant que la moitié de la population la plus pauvre selon l’institut allemand pour la recherche économique. Cependant, cette taxe serait-elle le meilleur outil dans le cadre d’une lutte contre les inégalités ? Aujourd’hui, seuls trois pays - la Suisse, l'Espagne et la Norvège - ont encore un impôt sur la fortune. Les statistiques montrent que la Suisse n'a pas connu de réduction significative des inégalités de richesse au cours du siècle dernier, tandis que la pauvreté continue d'augmenter en Norvège.
Les effets sur l’investissement privé d’une telle taxe seraient désastreux. L'institut allemand de recherche économique met en avant dans un rapport de 2018 qu'un impôt sur la fortune aurait un effet défavorable sur l'activité économique "peu importe la forme qu'il prend". Selon les chiffres du gouvernement, les petites et moyennes entreprises allemandes - qui fournissent plus de la moitié des emplois dans le pays - seraient particulièrement exposées si le seuil à partir duquel l’impôt s’appliquait était trop bas.
Par ailleurs, taxer le patrimoine financier a-t-il un sens alors que la BCE s’évertue à taxer les épargnants en menant une politique monétaire qui a des effets objectifs comparables à ceux de la répression financière ? De fait, les bons du trésor qu’émet l’Allemagne sont à taux négatifs pour des maturités allant jusqu’à 30 ans. Ainsi, un patrimoine financier investi en obligations souveraines allemandes ou en obligations souveraines du cœur de la zone euro voit sa valeur baisser, alors même qu’aucun impôt n’est encore venu le frapper.
Enfin, n'est-ce pas faire preuve d'une orthodoxie budgétaire primaire que d'instaurer une nouvelle taxe dans un pays affichant un excédent budgétaire de près de 2 % du PIB ?
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