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Macro-économie / Taux / Allemagne / Coalition CDU-SPD

Macro-économie / Taux
Allemagne / Coalition CDU-SPD

L'Allemagne va devoir relancer la machine

Le pays a affiché une croissance de 1,5 % seulement l’an dernier, contre 2,2 % en 2017 et 2016, soit le rythme le plus faible depuis cinq ans. Le gouvernement Merkel va devoir faire de la relance budgétaire mais les deux partis de la coalition ne sont pas d’accord sur l’ampleur des mesures à mettre en place.
Berlin - Allemagne
Berlin - Allemagne

Le moteur de la croissance européenne a flanché l’an dernier. L’institut de la statistique allemand vient ainsi d’annoncer que le PIB du pays avait progressé de 1,5 % seulement, après une croissance de 2,2 % l’année précédente et en 2016. Certes, selon Destatis, cette progression sur 2018 constitue la neuvième année consécutive de hausse du PIB allemand et à un niveau supérieur à la croissance affichée ces dix dernières années (de 1,2 %). Mais il n’en reste pas moins que 1,5 % représente aussi la plus faible hausse enregistrée depuis cinq ans. Quels sont les facteurs qui ont pesé sur le PIB outre-Rhin en 2018 ?

Tout d’abord, le recul de la production industrielle, en particulier dans l’automobile, où les constructeurs ont à la fois dû s’adapter aux nouveaux tests d’homologation des véhicules neufs WLTP instaurés par l’UE, et aux changements du mode de comportement des acheteurs allemands (baisse des achats de diesel notamment). La consommation des ménages a d’ailleurs ralenti l’an dernier, passant de 1,8 % en 2017 à 1 %, tandis que les dépenses du gouvernement restaient stables (+3,8 %) et que les dépenses des entreprises augmentaient (de 5 % à 6 %). Le ralentissement des exportations allemandes a également contribué au fléchissement de la croissance du pays, puisque celles-ci ont progressé presque deux fois moins vite en 2018, passant d’une hausse de 6,3 % à 3,5 % seulement l’an dernier. Un recul des ventes à l’étranger directement imputable au regain de protectionnisme, dans un contexte de guerre commerciale Chine-USA.

Si des facteurs plus temporaires ont contribué au ralentissement du PIB allemand, tels qu’une sévère épidémie de grippe en début d’année, un mauvais timing pour les congés de Pâques ou encore des mouvements de grève pour réclamer des hausses salariales, les équipes d’ING estiment que le recul du PIB traduit également un manque de réformes structurelles de la part des autorités allemandes, et qui pourrait donc continuer à grever la croissance du pays dans les prochaines années. "Le manque d’investissement dans les infrastructures traditionnelles et dans le digital et le peu de réformes de grande ampleur depuis une dizaine d’années (…) laissent penser que le ralentissement allemand pourrait perdurer l’an prochain", explique ainsi Carsten Brzeski, économiste chez ING.

D’ailleurs, notent les équipes de BNP Paribas, 2019 a plutôt démarré difficilement. "La plupart des indicateurs que nous suivons sont en dessous de leur moyenne de long terme, et tous ont surpris à la baisse. Le secteur manufacturier, axé sur les exportations, est particulièrement sévèrement touché. La production a diminué cinq fois pendant six mois jusqu’à novembre inclus. La nouvelle baisse de l’index PMI manufacturier, à 51,5 en décembre, n’annonce pas de rebond imminent", soulignent ainsi les économistes de la banque.

Dans ces conditions, le programme budgétaire de la coalition pour la période 2018-2022 sera-t-il suffisant pour soutenir l’économie allemande cette année ? Ce programme devrait représenter un coût total de 90 milliards d’euros, soit 0,7 % du PIB par an. Ce qui, selon les estimations du FMI, n’aura qu’un faible impact sur le PIB (d’environ 0,5 point de pourcentage sur 4 ans). Dans ce contexte et alors que le ralentissement allemand pourrait finalement perdurer cette année, des tensions sont apparues entre les deux partis de la coalition allemande, les conservateurs du parti CDU d’Angela Merkel et les sociaux-démocrates du SPD. Partis qui avaient pourtant longuement négocié le compromis budgétaire de 2018-2022.

Ainsi, le ministre de l’Économie chrétien démocrate Peter Altmaier a-t-il annoncé qu’il souhaitait aller plus loin que ce qui avait été initialement négocié dans la relance de l’économie allemande, en supprimant l’impôt de solidarité qui pèse sur les entreprises allemandes. Une façon selon lui de soutenir les investissements privés. "Le programme du nouveau gouvernement a quelque peu oublié le secteur des entreprises", confirme Raymond Van der Putten, économiste chez BNP Paribas. Sauf que le ministre des Finances social-démocrate Olaf Scholz refuse que de nouvelles dépenses, non budgétées soient mises en place cette année, estimant que l’Allemagne ne bénéficiait plus de marges de manœuvre budgétaires suffisantes pour se le permettre. De son côté, la nouvelle patronne de la CDU Annegret Kramp-Karrenbauer a réclamé une baisse d’impôt supplémentaire pour l’ensemble des ménages, alors que le compromis initial avait prévu qu’elles ne s’appliqueraient pas aux 10 % des Allemands les plus riches.

Tous ces débats laissent penser que la possible poursuite du ralentissement économique cette année pourrait se doubler d’une crise politique importante au sein de la coalition, dont la cote de popularité est en forte baisse dans un contexte de montée en force de l’AfD et des Verts. La prochaine échéance électorale pour la coalition est le 28 octobre lors d’élections en Hess, où le SPD et la CDU pourraient perdre leur majorité.

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