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Politique monétaire / BCE / Jackson Hole

Politique monétaire
BCE / Jackson Hole

Jackson Hole : les banques centrales meneuses de jeu sur les marchés ?

Si le thème du symposium suggère que ce sont les banques centrales qui s'adaptent aux changements de structure des marchés, une étude publiée ce matin estime que les interactions sont réciproques, et que les mesures de politique monétaire influencent tout autant la structure des bourses mondiales.
Jackson Hole
Jackson Hole

C'est cet après-midi que commence le fameux symposium de Jackson Hole, grand raout de politique monétaire annuel, auquel les principaux acteurs des banques centrales sont conviés. Au menu de cette année, dont le programme est désormais disponible sur le site de la banque centrale de Kansas City, les banquiers, professeurs et financiers réunis discuteront des changements de structures de marchés et de leurs implications pour la politique monétaire ("Changing Market Structure and Implication for Monetary Policiy"). Une façon d'aborder le sujet un peu biaisée selon Benjamin Braun, chercheur au Max Planck Institute for the Study of Societies à Cologne. Dans une étude publiée aujourd'hui, l'économiste souligne ainsi que la relation entre marchés et banques centrales est plutôt celle d'une interdépendance mutuelle. Les marchés en somme, évoluent au gré des mesures de politique monétaire, autant que les banques centrales s'adaptent aux changements de structures des bourses mondiales. 

Les banques centrales ne sont pourtant pas très à l'aise avec l'idée d'influencer les marchés, comme l'a souligné le membre du directoire Benoit Coeuré dans un discours récent : "Les structures de marchés devraient être le résultat des forces de marché en présence et les banques centrales ne devraient en principe jouer aucun rôle là-dedans". "En principe". Ce qui montre que le membre du directoire, qui est notamment responsable des infrastructures et opérations de marché au sein de la BCE, et connaît donc ces sujets sur le bout des doigts, est tout à fait conscient du pouvoir de la banque de Francfort sur l'évolution de la structure des marchés financiers. 

Les exemples qui le démontrent sont légion ces dix dernières années, parmi toutes les mesures de politique monétaire mises en place par Francfort pour tenter de juguler la crise. Ainsi, avec "l'ABS loan intiative", lancée en 2009, la BCE a contraint les émetteurs d'ABS à fournir des informations sur chaque prêt individuel et à financer conjointement un centre de données européen qui hébergerait la grande quantité de données ainsi créées, afin de pouvoir mieux évaluer la valeur de ces titres acceptés en garantie. Puis, au moment de la crise de la dette, la BCE pour lutter contre la fragmentation des marchés par pays, a encouragé la titrisation, afin de rendre le marché plus liquide et profond, et ainsi réparer le mécanisme de transmission de la politique monétaire. "A une époque où la titrisation était considérée comme financièrement et politiquement toxique à Bruxelles, Francfort a soutenu le marché par le biais de garanties, d'assouplissements quantitatifs et réglementaires", explique ainsi Benjamin Braun. Grâce à l'assouplissement des garanties - la réduction des seuils de notation pour les garanties ABS - la BCE a effectivement agi en tant que négociant en dernier ressort pour les ABS, et a largement soutenu le marché. Même topo pour le programme d'assouplissement quantitatif, dont la première composante fut le Programme d'achat d'ABS (ABSPP), lancé en 2014. Un programme dont le but  était de soutenir la titrisation en envoyant "un signal fort de la part de la BCE aux marchés leur signifiant que cette classe d'actifs est importante et saine".

Enfin, selon le chercheur, la BCE a plusieurs fois appelé à un assouplissement de la réglementation européenne en matière de titrisation, une autre façon d'influencer la structure des marchés financiers du Vieux Continent. En 2014, Yves Mersch, membre du directoire, a mis en garde contre le "traitement potentiellement inégal et disproportionné de l'APA dans les réglementations à venir", tandis que Mario Draghi a appelé les décideurs politiques à "éliminer certaines des discriminations indues à l'égard de ce produit spécifique lorsque ce produit est simple, réel et transparent".

S'il n'y a rien de mal à ce qu'une banque centrale essaie de mettre en place des marchés financiers qui renforcent sa capacité à stabiliser l'économie, il y a un hic, termine l'économiste : les marchés financiers, en particulier les marchés des pensions et de la titrisation, sont devenus l'un des instruments privilégiés de la politique monétaire en Europe. Et l'objectif défendu par la BCE via la titrisation est bien l'instauration d'un marché plus liquide et profond. Soit le même objectif que celui recherché par les banquiers et institutions financières privées. Le risque de collusion entre les deux mondes est donc plus important.

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