Macro-économie / Taux / Zone euro / Euro/dollar / Union européenne / Federal Reserve / Jackson Hole / BCE / Christine Lagarde
Macro-économie / Taux
Zone euro / Euro/dollar / Union européenne / Federal Reserve / Jackson Hole / BCE / Christine Lagarde
L’euro franchit la barre symbolique des 1,20
Intempéries aux Etats-Unis, ciel bleu sur l’Europe
Lors de la réunion annuelle des banquiers centraux de Jackson Hole, le président de la Fed (Banque centrale américaine) Jerome Powell a annoncé un revirement de politique inédit : pour la première fois depuis 40 ans, la Fed laissera le taux d’inflation dépasser le seuil des 2%, avec pour objectif de stimuler la croissance, et corollairement l’emploi.
A la suite de cette annonce, l’euro prenait le 28 août 0,81% face au billet vert, atteignant 1,19 dollar. Il a cet après-midi franchi le seuil symbolique des 1,20 dollar. Le billet vert a désormais touché son plus bas depuis deux ans. Au total, l’euro s’est apprécié d’environ 10% par rapport au dollar depuis fin mai (6,2% depuis début juillet), profitant largement des mauvaises conditions politiques, géopolitiques, économiques et sanitaires outre-Atlantique qui ont causé une chute du dollar de plus de 9% par rapport à son pic de mars. On peut en effet attribuer la baisse continue du dollar à plusieurs causes combinées : la difficulté de l'administration américaine à gérer la pandémie qui continue de se propager dans le pays, la possible élection du candidat Joe Biden qui ne rassure pas les investisseurs, l’apparition de nouvelles monnaies refuges alternatives au dollar comme l’euro ou le yen, l’incertitude quant aux relations entretenues avec Pékin ; autant de raisons qui font aujourd’hui perdre au billet vert son statut de longue date d’actif sûr. Dans une analyse de PIMCO, les économistes Gene Frieda et Sachin Gupta ajoutent que, de surcroît, l’apparition éventuelle d’un vaccin ne marquera pas la fin de la chute du dollar : "Notre point de départ est que plus le vaccin est précoce, plus il est favorable à la croissance mondiale." soulignent-ils. "De façon quelque peu perverse, cela pourrait accélérer la chute du dollar".
Indépendamment du climat délétère observé aux Etats-Unis, l’euro peut se targuer d’avoir réussi, malgré la crise, à retenir les investisseurs, ou à les faire revenir après leur départ massif en mars. Le chef économiste à l’Institute of International Finance, Robin Brooks, soulignait ainsi à propos de la monnaie unique que "la devise est bien plus forte que ne le suggère le seul niveau de l’euro dollar ", notamment parce que les gouvernements européens ont mieux su s’adapter à la crise grâce à leurs plans de relance (celui de l'Europe atteint 750 milliards d’euros).
Face aux décisions de la Fed, que fera la BCE ?
Si cette hausse continue de l’euro rassure les investisseurs et promet un rebond de croissance plus important en zone euro qu’aux Etats-Unis, il ne faut néanmoins pas négliger le risque déflationniste que pourrait engendrer la cherté de la monnaie unique. Economie ouverte, l’Europe pourrait en effet, à terme, être menacée par un "plongeon de ses exportations et des tendances désinflationnistes" si sa monnaie reste trop élevée, comme le soulignait le responsable de la stratégie sur les changes de la Société Générale Kit Juckes, qui appelle la BCE à se prononcer sur le niveau de sa devise.
Christine Lagarde se prononce toutefois très rarement sur les opportunités que présentent le change, car cela a souvent des effets néfastes sur les marchés et la volatilité. En outre, certains analystes ne sont pas aussi inquiets que M. Juckes, à l’instar des stratèges de la banque Nomura, qui déclaraient que "le rebond de l'activité dans la zone euro n'est pas menacé par la vigueur de la monnaie car c'est la consommation intérieure, pas les exportations, qui est l'élément clef ". Et l’analyste spécialisé chez Western Union Business Solutions, Guillaume Dejean, d’ajouter : "La Banque centrale européenne n’a donc pas à s’effrayer [de la hausse de l'EUR/DOLLAR] à court terme, d’autant que l’euro reste éloigné de ses valorisations fondamentales (plutôt au-dessus de 1,20 dollar), même si une devise forte ralentirait la reprise de l’inflation à moyen terme".
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