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Politique économique / Euro/dollar / BCE

Politique économique
Euro/dollar / BCE

La flambée de l'euro peut-elle durer ?

La monnaie unique a connu neuf journées consécutives de hausse contre le billet vert, soit son plus long rallye en près de dix ans. Les annonces de la BCE hier ont contribué à faire grimper la devise.
euros -symbole
euros -symbole

Christine Lagarde a fait bondir la monnaie unique hier soir en annonçant une hausse du programme d'achats de titres d'urgence pandémique de la BCE de 600 milliards d'euros, soit encore plus que ce que les marchés anticipaient. Du coup, l'euro était en hausse en début de matinée, de 0,10%, à 1,13 dollar, son plus haut niveau depuis le 10 mars et une progression de 4,5% depuis le 25 mai. Mais c'est surtout la durée du rallye qui est marquante, puisque la devise du Vieux Continent en est à sa dixième journée de hausse consécutive contre le dollar, un record depuis près de dix ans. Explications.

Premier élément ayant contribué à soutenir la monnaie unique, l'espoir d'un plan de relance européen de grande ampleur, et celui d'une plus grande solidarité entre les pays de la zone. La hausse de l'euro a d'ailleurs commencé au lendemain de l'annonce par Merkel et Macron d'une initiative franco-allemande pour relancer l'économie de la zone euro. Elle s'est accélérée quelques jours plus tard lorsque la Commission a présenté sa propre initiative, largement inspirée de celle des deux chefs d'États, comprenant notamment 500 milliards d'euros de dotations aux États et 250 milliards d'euros de prêts. "Ces annonces ont permis d'extraire l'euro dollar de la zone 1,08 dans laquelle il évoluait depuis plusieurs semaines", explique ainsi Alexandre Baradez, responsable analyses marchés chez IG France. Certes, en février, l'euro dollar avait connu une hausse continue assez similaire, mais les marchés étaient alors fébriles et l'euro s'était d'ailleurs effondré dans les mêmes proportions, à partir du 9 mars. Cette fois-ci la monnaie unique pourrait si ce n'est poursuivre sa hausse, du moins se stabiliser autour des niveaux actuels, les investisseurs étant plus positifs pour la zone euro. Preuve de cette confiance retrouvée en la solidité de la région par rapport à début mars, le spread de crédit Italie-Allemagne est repassé sous les 200 points de base. Il était aujourd'hui situé autour de 170 pb contre 323 points de base fin février.

Autre facteur d'explication de la hausse de la monnaie unique, le différentiel de politique monétaire entre les États-Unis et la zone euro. Alors que la Fed a accru son bilan de 3.000 milliards de dollars depuis le début de la crise, celui de la BCE a augmenté d'un peu plus de 1000 milliards d'euros. "La différence de vitesse d'expansion des bilans des deux banques centrales est frappante : celui de la Fed a progressé de 70% en trois mois contre 20% pour celui de la BCE sur la même période", explique encore Alexandre Baradez. Selon lui, tant que ce différentiel de politique monétaire perdurera, l'euro pourrait continuer de grimper contre le billet vert.

Ce n'est en tout cas pas les fondamentaux qui permettent de justifier la hausse de la monnaie unique, alors que la BCE prévoit dans le meilleur des cas une récession de 8,7 % cette année, contre un recul de 5,9 % aux États-Unis en 2020, selon les estimations du FMI. En revanche, l'euro pourrait également avoir progressé pour des raisons purement spéculatives, les positions spéculatives sur la monnaie unique ayant atteint ces dernières semaines leur plus haut niveau depuis juin 2018. Enfin, la crise politique que traversent actuellement les États-Unis sur fonds de contestations raciales est sans doute un élément de craintes des investisseurs, alors que les élections se rapprochent à grands pas.

"Si l'euro s'installe durablement au-dessus des 1,13 dollar, qui représente un seuil technique important, alors cela pourrait traduire un véritable regain d'intérêt pour la zone et sa devise. La question d'un changement de tendance progressif et plus durable se poserait alors", termine Alexandre Baradez. Il reste que tout n'est pas joué du point de vue de la solidarité européenne. Le Conseil européen doit encore valider le projet "Next Generation EU", et plusieurs États ont annoncé qu'ils y étaient opposés. Or il faut l'unanimité pour que ce plan de relance soit adopté. Enfin, si Christine Lagarde a annoncé que son institution pourrait faire plus si l'évolution de la conjoncture et de l'inflation l'exigeait, nombre de stratégistes estiment qu'elle risque d'être bientôt à court de munitions. Sachant que la BundesBank va également devoir justifier auprès du Parlement allemand l'efficacité du QE, sous peine de se retirer du programme. Bref il reste encore beaucoup d'obstacles potentiels à la relance de la zone euro et au renforcement de ses fondations.

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