Macro-économie / Taux / Euro/dollar
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Euro/dollar
L'euro ne retournera pas à la parité
L’interview d’Emmanuel Macron sur CNN dimanche dernier au sujet du taux de change euro/dollar n’a visiblement pas permis de booster la monnaie unique. L’euro a ainsi enfoncé hier le plancher de son corridor (situé entre 1,13 et 1,15 contre le dollar) en place depuis près de deux ans, ouvrant une nouvelle plage de baisse potentielle. Le Président français a reconnu, que si l’euro n’était pas une alternative au dollar et regretté la trop grande dépendance des entreprises européennes au billet vert, il s’attellerait à renforcer la place de la monnaie unique sur le marché des changes. "Pour la stabilité de l’ordre mondial nous avons besoin d’une monnaie forte telle que le dollar, mais nous avons besoin d’alternatives. L’euro doit figurer parmi ces alternatives, ce qui signifie que nous devons améliorer nos structures financières et le financement de nos entreprises en zone euro", a ainsi déclaré Emmanuel Macron. Las, pour l’instant la vigueur de l’économie américaine continue de propulser le billet vert au sommet, et l’euro a donc atteint hier 1,1234, un plus bas de un an contre le dollar. Fin septembre, il s'échangeait encore autour de 1,167 et début juin autour de 1,18.
Selon Sylvain Loganadin, fondateur de la société letrader.com, ce nouveau seuil technique résulte surtout "d’un effet hausse du billet vert" qui a progressé "pour tout un tas de raisons macroéconomiques". Même son de cloche de la part de Julien Manceaux, analyste chez ING. Selon lui, trois éléments ont permis de faire grimper le dollar ces derniers mois : la force de l'économie américaine tout d’abord, l’ampleur de la réforme fiscale mise en place par le Président Donald Trump qui a permis de ramener beaucoup de rapatriements de profits dans le pays et enfin la politique de resserrement monétaire menée par la Fed, qui a entraîné un différentiel de taux avec la zone euro. "Ces trois facteurs sont bien évidemment liés, la vigueur de la croissance étant en partie liée aux mesures fiscales prises par le Président, qui ont incité la Fed à accélérer le resserrement", explique ainsi le stratégiste d’ING. "Les étoiles étaient donc bien alignées pour que le dollar monte, ce qui n’a pas été sans problème pour les pays émergents. Les sorties de capitaux vers les fonds en dollars ont surtout concerné les fonds émergents", poursuit Julien Manceaux.
Pendant ce temps, la zone euro au contraire a montré des signes de ralentissement, ce qui a entraîné des mouvements de sortie de capitaux des fonds en euros. "La croissance n’est pas tout à fait au rendez-vous depuis six mois, et les investisseurs commencent à douter de la capacité de la BCE à relever les taux dès l’an prochain", poursuit le stratégiste. Certes, la fin du programme de rachats de titres devrait progressivement faire remonter l’euro, mais à un rythme très modéré alors que la BCE va continuer de réinvestir le montant des titres arrivant à échéance. ING mise ainsi sur un euro-dollar autour de 1,19 d’ici la fin de l’an prochain.
Si l’euro a franchi le seuil technique des 1,12 hier, il ne devrait donc pas retourner à la parité dans les prochains mois. "Sauf en cas d’un choc exogène très fort qui obligerait la BCE à prolonger son QE, ce qui serait tout de même très étonnant", estime Sylvain Loganadin. À court terme, si les Européens et le Royaume-Uni ne parviennent pas à trouver un accord, la monnaie unique pourrait temporairement baisser. "Mais globalement le Brexit est déjà pricé dans les cours", poursuit Sylvain Loganadin. De même que la crise budgétaire italienne.
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