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Politique monétaire / BCE

Politique monétaire
BCE

La BCE doit-elle faire du profit ?

La banque de Francfort est censée assurer la stabilité des prix, avant de chercher à faire du profit. Mais, selon une étude du think tank Bruegel, il est important de se soucier de la façon dont la BCE fait fructifier son argent, preuve du bon fonctionnement de sa politique monétaire.
Mario Draghi
Mario Draghi

Par nature, les banques centrales ne sont pas des institutions avec pour objectif la réalisation de profits maximum. Elles sont seulement censées garantir la stabilité des prix et des marchés financiers, pour le bon fonctionnement de l'économie d'un pays ou d'une zone dans son ensemble. Les chercheurs du think tank Bruegel se sont pourtant interrogés sur cette conception et ont souligné dans une note sur le sujet que si la recherche de profits ne devait constituer le principal objectif d'une banque centrale, elle était pourtant un facteur important à prendre en compte. 

Et ce pour trois raisons principales : la première est que les "contribuables européens fournissent à la BCE une partie importante de ses ressources. Il serait donc inquiétant que celles-ci ne produisent ensuite aucun revenu", soulignent les chercheurs. D'autant que les profits de la BCE sont reversés aux États et représentent donc une source de revenus fiscaux supplémentaire pour ces derniers. Autre argument pour défendre la recherche de profits pour la BCE, sa solidité financière. Plus la BCE est apte à réaliser des profits, plus elle a d'autorité et de crédibilité pour remplir son mandat. Enfin, et surtout, une banque centrale profitable est le signe qu'elle applique les bonnes décisions de politique monétaire, selon Bruegel. 

De ce triple constat, les chercheurs ont ensuite analysé quelle était la situation comptable de la BCE d'un point de vue historique, et la façon dont elle a généré du profit depuis sa création. Les données soulignent d'une part que malgré une forte volatilité des profits réalisés d'une année sur l'autre, l'Eurosystème est toujours parvenu à lisser ses bénéfices distribuables grâce à de bonnes pratiques comptables. Et d'autre part que la plupart du temps l'Eurosystème est parvenu à réaliser des profits même s'ils varient d'une banque centrale nationale à l'autre. Ils ont ainsi atteint 12,2 milliards d'euros en moyenne entre 1999 et 2007 et 13,9 milliards entre 1999 et 2017. Et "les profits n'ont pas disparu même au moment de la grande récession", alors même que les taux d'intérêts sont descendus en territoire négatif, ce qui aurait logiquement dû affecter la rentabilité de la BCE.

Selon Bruegel, les opérations de marché (opération de refinancement des banques LTRO notamment) ont permis de compenser la faiblesse des taux. Les autre principaux programmes d'achats d'actifs (Covered Bond Purchase Programme, Securities Market Programme, Public Sector Purchase Programme et Corporate Market Purchase Programme) ont ainsi représenté entre 27% et 45% des revenus d'intérêt de l'Eurosystème depuis la crise de 2008. 

Que fait la BCE de ces profits ? Un maximum de 20% est alloué à son fonds de réserve, destiné à couvrir d'éventuelles pertes futures, et tout le reste est redistribué aux banques centrales nationales en fonction de leur poids au capital de Francfort. Les banques centrales peuvent mettre une part de ces fonds de côté ou les utiliser dans le cadre de leurs activités, mais les bénéfices sont généralement transférés aux gouvernements des différents pays et inscrits à leur budget, revenant ainsi aux contribuables de la zone euro.

Si, comme le clame la BCE sur son propre site, son "objectif est bien différent" de la simple recherche de bénéfice, le fait qu'elle parvienne à réaliser des bénéfices est donc un critère important : il permet de prouver que sa politique monétaire est la bonne, et d'asseoir son autorité pour continuer à mettre en place les mesures qu'elle a définies. L'examen de ses comptes par les membres du think tank Bruegel souligne en tout cas qu'elle a plutôt bien assuré ses fonctions depuis le début de la crise financière.

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