Politique européenne / Brexit / Période de transition / fmi
Politique européenne
Brexit / Période de transition / fmi
Brexit : pour le FMI, la période de transition est vitale
Après S&P qui, la semaine dernière, a publié une note assez alarmiste sur les conséquences économiques d'une sortie de l'UE sans accord pour la Grande-Bretagne, c'était au tour du FMI de dévoiler cet après-midi un rapport sur le sujet. Dans le cadre d'une mission d'étude réalisée dans le pays, comme le FMI en conduit dans tous les Etats membres en amont de la publication de ses prévisions de croissance - qui seront dévoilées en novembre - le fonds monétaire a ainsi établi un diagnostic préliminaire de la conjoncture du pays.
Le FMI prévoit ainsi un ralentissement de l'économie anglaise cette année et l'an prochain (1,5% en 2018 et 2019 contre 1,75% en 2016 et 2017) en raison du climat d'incertitude lié au Brexit, qui a particulièrement pesé sur l'investissement des entreprises. Mais, prévient-il, la croissance britannique pourrait être bien inférieure à ce qui est pour l'instant prévu, si le pays sortait sans aucun accord. Car cela signifierait qu'il ne dispose pas de la période de transition négociée avec Bruxelles à l'hiver dernier. Période absolument essentielle pour permettre à l'économie britannique d'encaisser le choc de la sortie, selon le FMI. Malgré tout le travail de l'administration anglaise pour préparer le pays à l'après-Brexit (transcription du droit européen dans le droit anglais, prévisions de financement britannique pour les projets jusqu'ici subventionnés par l'UE...), le pays ne sera absolument pas prêt au 30 mars 2019, jour officiel de la sortie de la Grande-Bretagne, estime ainsi le fonds. "Le nombre de sujets sur lesquels le pays doit encore trouver une solution est alarmant, et souligne l'absolue nécessité de sécuriser une période de transition", explique ainsi le fonds dans sa note. "Vu tout le travail qu'il reste à accomplir avant la date de sortie, le risque de perturbations en cas de sortie sans accord est énorme", poursuit ainsi le document.
Comme le rappelle le Parlement britannique dans un document consacré à la période de transition, publié en février 2018, peu de temps avant que Bruxelles et Downing Street ne s'entendent sur le sujet, la Grande-Bretagne deviendra un Etat tiers dès qu'elle sera sortie de l'UE. Ce qui signifie qu'elle ne sera plus régie par aucune loi européenne, et qu'elle sortira du marché unique et de l'union douanière. "Pour éviter que tout ceci ne survienne trop tôt dans les négociations, la Première ministre s'est entendue pour qu'une période de transition soit mise en place", explique le document de Westminster. Période qui doit donc s'étendre jusqu'en décembre 2020 et durant laquelle la Grande-Bretagne devra se comporter comme si elle était encore un Etat membre. Le pays n'aura en revanche plus de poids politique puisqu'il ne sera plus représenté au sein des institutions de l'UE ni n'aura de droit de vote. Un élément qui a fait bondir les défenseurs d'un Hard Brexit l'hiver dernier, estimant que le pays se retrouverait à devoir respecter les règles de l'UE plus longtemps que prévu, sans pour autant pouvoir les influencer.
A six mois et demi de la sortie prévue de l'UE, il paraît pourtant désormais inconcevable techniquement que le pays ne dispose pas des 21 mois supplémentaires pour se préparer. Ce que le FMI s'est efforcé de rappeler aujourd'hui dans son document sur la conjoncture britannique. Mais cette "période tampon" dépendra de l'habilité de la Grande-Bretagne à sécuriser un accord plus global sur l'après-Brexit, d'ici le 31 mars 2018. Car comme Bruxelles l'a averti depuis le début des discussions, "rien n'est négocié tant que tout n'est pas négocié".
Depuis quelques semaines, Bruxelles semble avoir mis de l'eau dans son vin pour tenter de faire avancer les négociations. Et les 27 Etats devraient de nouveau discuter du sujet lors d'un sommet informel prévu ce jeudi à Salzbourg. Il reste pour la Première ministre britannique à convaincre les membres les plus eurosceptiques de son parti du bien fondé d'un accord le plus conciliant possible avec l'UE ; à ce titre, le congrès du parti conservateur qui aura lieu à la fin du mois fera office de test pour Theresa May.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

