Alexandre Crazover, Datawords : la passion de la diversité
Installé dans le mythique immeuble Rockefeller de la Cinquième Avenue, au cœur de la ville la plus cosmopolite au monde, Alexandre Crazover est comme un poisson dans l’eau. Un terrain de jeu passionnant pour ce fervent adepte de la diversité, qui a choisi de l’explorer dans son aventure entrepreneuriale avec Datawords comme dans sa vie privée - il est marié à une femme originaire de la République démocratique du Congo, avec qui il a trois enfants.
Dès le plus jeune âge, l’homme a montré un goût et une curiosité pour l’autre et ses cultures : à 14 ans, alors que le pays n’était encore qu’aux balbutiements de son expansion économique, il décide d’apprendre le chinois et demande une dérogation pour le passer comme deuxième langue au bac. Entré à l’ESCP, il prend déjà goût pour l’entrepreneuriat qu’il choisit comme master, et fait un premier stage chez Indosuez à Shanghaï. Il fait ensuite ses classes en marketing chez L’Oréal, et expérimente une situation dans laquelle les directeurs marketing pays n’arrivent pas à se mettre d’accord sur un mannequin pour une campagne de publicité. "J’ai alors eu la conviction que la même chose se produira dans le digital, d’où l’importance d’adapter les plateformes technologiques aux différentes cultures", se souvient Alexandre Crazover.
Il décide alors de fonder Datasia, l’ancêtre de Datawords, dès 2000 mais il est encore trop tôt. La plupart de ses interlocuteurs rétorquent que les sites Internet ont vocation à rester uniques et en anglais. Mais deux événements vont inverser la tendance : la Coupe du Monde au Japon et les JO en Corée en 2002, où les grands comptes rappellent Datasia quelques mois avant l’événement pour adapter leurs plateformes aux marchés locaux. "Notre offre permet de respecter la technologie du client tout en s’adaptant à la culture locale", explique Alexandre Crazover.
Après des premiers clients dans le luxe comme Cartier, les cosmétiques avec L’Oréal ou encore la mode, il se déploie progressivement dans tous les secteurs et pays, si bien que l’étranger représente désormais 70% de ses revenus et que près de la moitié de ses 600 salariés sont basés en Asie. En 2014, avec l’appui de ses fonds actionnaires Cathay Capital, Keensight et Bpifrance, Alexandre Crazover se lance dans un nouveau défi, avec l’ouverture d’un bureau à New York. Il se nourrit ici encore des différences culturelles et s’adapte : "Il existe deux différences majeures aux Etats-Unis : les Américains sont axés sur le rendement sur investissement, il faut leur démontrer d’emblée que notre service va leur faire gagner du temps et de l’argent. Et il faut mettre en avant les marques connues de notre portefeuille", rapporte le patron. De ce point de vue, son partenariat avec Adobe et Salesforce en 2016 lui a permis de s’affirmer comme acteur incontournable.
Datawords a également eu recours à la croissance externe, avec trois acquisitions depuis 2014 notamment pour faire croître son offre vidéo de plus en plus centrale dans les stratégies marketing. Le groupe compte encore élargir son exposition internationale, avec l’ouverture d’un bureau à Montréal et une prochaine acquisition. Quant à Alexandre Crazover, il continue plus que jamais à promouvoir ce qui le nourrit au quotidien, et a fondé l’an passé l’association Diversity.ONE qui lance des initiatives en faveur de l’inclusion, notamment via un programme éducatif pour les classes de 3ème, en test à Los Angeles. "La diversité m’a beaucoup enrichi et aujourd’hui je veux aider les gens à embrasser la différence, car c’est ce qui nous unit aux autres", fait-il valoir. Une démarche aussi ambitieuse que louable dans l’Amérique de Donald Trump.
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