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IPO : la complaisance coupable des investisseurs
Snapchat, l’application mobile qui a fait grand bruit lorsqu’elle avait levé 3,4 milliards de dollars pour son IPO en mars 2017 - alors même qu’elle perdait plus de 500 millions de dollars par an – a probablement donné des idées aux autres. Depuis plusieurs mois, les candidats à la Bourse qui n’ont pas encore atteint le point mort se multiplient : selon les données de Jay Ritter, professeur de finance à l’université de Floride, 83% des IPO dans les trois premiers trimestres de l’année ont été réalisées par des sociétés en perte sur les 12 derniers mois. Soit la proportion la plus importante jamais atteinte depuis 1980, et même plus que les 81% enregistrés en plein cœur de la bulle Internet.
Certes, le contexte actuel est différent du début des années 2000, car il ne concerne pas que des sociétés tech au business model encore incertain. Les candidats tech à la Bourse sont d’ailleurs plus sains que par le passé : 19% d’entre eux génèrent des profits, contre 14% en 2000. Et le marché est également ouvert à d’autres profils, comme en témoigne la résurgence des biotechs qui font elles aussi face à de très importantes sorties de cash flows avant de dégager des revenus. Ainsi, 47 d’entre elles ont déjà orchestré leur IPO aux Etats-Unis sur neuf mois, soit plus que les deux années 2016 et 2017 réunies ! Un autre candidat potentiel est scruté de près : Moderna Therapeutics, qui après avoir bénéficié de multiples tours de table auprès de ses fonds actionnaires, pourrait entrer en Bourse sur une valorisation de 7 milliards de dollars, soit le plus grosse IPO biotech de l’histoire.
Et les jeunes pousses auraient tort de se priver. Les titres des sociétés en perte qui ont organisé leur IPO cette année ont en moyenne bondi de 36% depuis leur entrée, contre 32% pour les autres introductions et 9% pour le S&P 500. A titre d’exemple SurveyMonkey, un fournisseur d’études en ligne, a fixé son prix d’entrée au-dessus de sa fourchette et a bondi de 40% depuis son début il y a une semaine. Les biotechs aussi sont chouchoutées en raison des perspectives alléchantes de sortie, comme lorsque le laboratoire Juno qui travaille sur le cancer a été racheté pour 9 milliards de dollars par Celgene en 2O14, quatre ans après une IPO à 1,9 milliard de dollars.
Un autre facteur explique l’appétit sans faille des investisseurs : la faiblesse de la demande, étant donné que les grandes licornes à l’instar d’Uber ou d’Airbnb retardent au maximum leur entrée sur les marchés. Tous ces acteurs profitent de la liquidité exceptionnelle sur le marché privé. Car une fois en Bourse, les mauvaises nouvelles sont très mal perçues. Snapchat en a fait les frais, qui a vu un essoufflement du nombre d’utilisateurs si bien que le cours a perdu la moitié de sa valeur depuis son IPO. Mais il profite lui aussi des largesses dans le privé, et a reçu 250 millions de dollars d’un prince saoudien pour 2,3% de son capital afin de se ménager des marges de manoeuvre. De façon surprenante, ce sont les marques mythiques et quasi centenaires qui sont boudées par les investisseurs : Aston Martin vient de resserrer à la baisse sa fourchette et ne vaudra plus que 4,6 milliards de livres en Bourse au maximum.
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