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Fonds d'investissements
Fonds souverain norvégien
Le fonds norvégien accusé de propagande anti-pétrolière
C'est bien l'une des premières fois que le vertueux Government Pension Fund norvégien, l'un des fonds souverains les plus transparents au monde, est attaqué sur ses pratiques d'investissement. Plusieurs économistes du pays ont effectivement reproché au fonds d'avoir souligné de façon impartiale la manière dont ses investissements dans les pétrolières avaient pesé sur ses résultats. Lors d'une présentation le 21 septembre dernier devant plusieurs membres de la Commission des finances du pays, le directeur du fonds Yngve Slyngstad a ainsi expliqué que le GPF aurait pu réaliser 308 milliards de couronnes supplémentaires (32,3 milliards d'euros) à la fin du second trimestre s'il avait vendu ses titres dans les sociétés pétrolières il y a dix ans, et qu'il aurait pu afficher 136 milliards de couronnes (14,2 milliards d'euros) de plus à la fin du T2 s'il avait vendu ces mêmes titres il y a cinq ans seulement, avant l'effondrement des cours de l'or noir.
Des chiffres et des déclarations contre lesquels plusieurs grands économistes du pays se sont élevés, estimant qu'il s'agissait d'une façon biaisée de présenter le sujet. "J'aurais pu faire un graphique moi-même prenant une autre période en compte et qui aurait donné le résultat exactement inverse", a ainsi affirmé le professeur Petter Osmundsen, cité par Bloomberg. Surtout, les économistes ont estimé qu'il ne s'agissait pas d'un argument valable pour décider de se retirer des pétrolières et que ce n'est pas la raison que le fonds avait initialement invoquée lorsqu'il avait commencé à réfléchir au sujet.
En novembre 2017, Norges Investment Management, la structure chargée de conseiller le ministère des Finances norvégien sur la gestion du fonds souverain du pays, avait envoyé un courrier au ministère lui recommandant d'abandonner ses investissements dans les entreprises du secteur pétrolier et gazier, au motif que le fonds était déjà trop exposé au secteur. Le GPF tire effectivement la majeure partie de ses revenus de l'exploitation pétrolière du pays. "Ce conseil d'investissement est basé uniquement sur des motifs financiers et sur l'analyse de l'exposition totale du fonds au secteur, et pas du tout sur notre anticipation de l'évolution future du cours du pétrole et du gaz", avait affirmé Norges Investment Management à l'époque. Des déclarations qui contrastent avec la présentation du CEO fin septembre, basées sur la crainte d'être de nouveau victime d'une chute des prix de l'or noir.
In fine, la décision de trancher sur les investissements du fonds dans les sociétés pétrolières reviendra au ministère des Finances du pays. Et celui-ci, qui devait normalement se prononcer cet automne, a encore repoussé sa décision à l'an prochain, exigeant qu'une consultation publique sur le sujet soit mise en place. Même si pour l'instant, une majorité de députés soutient la volonté du fonds de sortir des pétrolières.
Cette décision représenterait en tout cas un changement de stratégie d'investissement assez important pour le fonds, dont 6,2% des 855 milliards d'euros d'actifs sous gestion sont investis dans les entreprises pétrolières et gazières, selon le rapport du second trimestre. A la fin du mois de juin dernier, Royal Dutch Shell représentait même la cinquième plus grosse participation du fonds, à hauteur de 5,5 milliards d'euros. Côté français, le fonds souverain possède aussi une participation non négligeable dans la principale entreprise pétrolière de l'Hexagone, Total. Selon le rapport annuel du fonds, il détenait 1,79% de la société française à la fin de l'an dernier, pour une valeur de 2,1 milliards d'euros. Au 31 décembre 2017 le fonds détenait également 0,29% de CGG, 1% de Bourbon, 1,4%, de Engie et 1,13% de Vallourec, toutes liées au secteur pétrolier et gazier.Si le fonds se désengageait des pétrolières au sens large, toutes ces entreprises françaises seraient donc concernées.
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