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General Motors : Donald Trump perd une nouvelle occasion de se taire
Une fois de plus, Donald Trump a tweeté plus vite que son ombre, avant même que ses conseillers ne puissent l’empêcher d’annoncer des mesures irréalistes. Certes, l’annonce faite par General Motors est douloureuse : le constructeur automobile a annoncé qu’il allait supprimer 14.800 emplois et fermer cinq usines dont quatre aux Etats-Unis, à Detroit, dans l’Ohio, le Maryland et le Michigan et une au Canada, dans l’Ontario. Le groupe s’adapte ainsi à la baisse de la demande pour les petites voitures et compte développer la production des SUV et voitures électriques et autonomes. Et dès hier, le Président avait affirmé son "mécontentement" à Mary Barra, la CEO du groupe, rappelant que le constructeur avait été sauvé de la faillite par le gouvernement américain en 2009, qui a mis près de 50 milliards de dollars sur la table et en a perdu 11,2 milliards au final.
De quoi susciter l’ire du locataire de la Maison Blanche, qui affirmait encore en juillet dernier, lors d’un rallye dans l’Ohio, "ne partez pas, ne vendez pas votre maison. Ces emplois… vont tous revenir". Mais le lendemain, il s’est nettement avancé lorsqu’il a affirmé dans un nouveau tweet qu’il étudiait "la suppression de toutes les subventions de GM, y compris pour les voitures électriques" et que le groupe sortirait perdant de son pari sur la Chine fait il y a quelques années. Cette sortie a suscité l’interrogation de nombreux experts : de quelles subventions parle-t-on ? La loi attribue un crédit d’impôt de 7.500 dollars sur chaque voiture électrique, mais qui est attribué à l’acheteur. En outre, ce geste fiscal baisse dès lors que le constructeur atteint un certain volume de ventes, en l’occurrence 200.000 véhicules électriques. Dans le cas de General Motors, ce seuil pourrait être atteint dès la fin de l’année, ce qui réduirait du même coup ses avantages fiscaux pour 2019 et 2020.
Surtout, le Président ne peut se réserver le droit de distinguer la loi entre constructeurs. "Le secteur entier a le droit à cela. Cela n’a rien d’exclusif pour GM", selon Jeremy Acevedo, spécialiste de l’analyse industrielle chez Edmunds. Les coupes annoncées par General Motors sont certes un camouflet pour le candidat qui a promis de ramener les emplois aux Etats-Unis et pense déjà à sa réélection, mais Mary Barra est aujourd’hui dans une vision à bien plus long terme. Celle-ci fait le pari de faire de GM le pionnier des voitures autonomes, électriques et de tout ce qui fera le futur du transport automobile. La course est lancée : depuis le mois de mai, le groupe et sa filiale de voiture autonome Cruise ont reçu 5 milliards de dollars de Softbank et Honda pour lancer un service de taxi robot à San Francisco d’ici la fin 2019, ce qui lui permettrait de doubler la filiale Waymo d’Alphabet, Uber ou Lyft.
La vision est ambitieuse, et les chiffres appétissants pour les investisseurs. GM a annoncé qu’il allait réduire ses coûts annuels de 4,5 milliards de dollars d’ici fin 2020 afin d’investir dans ses nouveaux marchés, ce qui a propulsé le titre de 7 % hier. Mary Barra montre ici le courage des grands leaders, elle tire parti d’un environnement favorable pour se donner les moyens d’adresser le marché de demain, plutôt que de courir après dans quelques années. "C’est ce que nous faisons pour transformer la société. L’industrie change très rapidement ? Nous pensons qu’il est approprié de la devancer tant que l’activité et l’économie sont fortes", a-t-elle affirmé. Un pari qui pourrait aussi tourner court : "Les voitures électriques représentent encore moins de 2 % des ventes aux Etats-Unis. C’est un énorme risque pour GM, mais ils sont déterminés à être les premiers sur ce marché, même si on ne sait pas encore quand ils deviendront rentables", conclut Maryann Keller, analyste spécialisée dans l’industrie.
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