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L’accident de parcours de Natixis
Première communication difficile pour François Riahi, le nouveau directeur général de Natixis qui a remplacé Laurent Mignon au printemps dernier, ce dernier ayant lui-même pris la suite de François Pérol chez BPCE. Mardi soir, la banque a annoncé un profit warning, en indiquant que son PNB serait de l’ordre de 2 milliards d’euros au dernier trimestre, soit une baisse de 10 % sur un an, mais qui se limite à moins de 1 % sur l’ensemble de l’année. Mais au-delà de l’impact sur la performance, c’est l’événement lui-même qui laisse perplexe : Natixis s’est retrouvée piégée avec des dérivés actions en Asie et déclare que "sur certains produits spécifiques traités avec des clients en Asie, le modèle de gestion utilisé a conduit à mettre en place une gestion qui s’avère déficiente dans les conditions de marché actuelles". Au total, la banque enregistre une perte de revenus de 100 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 160 millions d’euros de provisions pour gérer le stock des produits existants.
Natixis plaide qu’elle avait déjà pointé la sous-performance de l’Asie dans les performances des dérivés actions. La banque avait certes mentionné une "performance moindre" puis "des conditions de marché peu favorables" en Asie le trimestre suivant, et avait enregistré 40 millions puis 36,5 millions d’euros de provisions. Mais l’ampleur de la déconvenue est aujourd’hui bien plus grande, et porte à s’interroger sur l’efficacité des process de contrôle des risques mis en place depuis la crise financière. Natixis, qui avait été l'une des plus grandes victimes de l’après-Lehman Brothers, avait accusé une perte de 2,8 milliards d’euros en 2008 et 3,9 milliards d’euros de dépréciations d’actifs illiquides, notamment liés aux actifs de l’ancienne filiale Ixis de la Caisse des Dépôts.
La toute jeune Natixis avait alors joué sa survie, et dû annoncer une augmentation de capital de 2,7 milliards d’euros. Ce qui avait provoqué le changement de l’état-major et la démission de Nicolas Mérindol et Charles Milhaud, au profit de François Pérol. Dix ans plus tard, la crise Lehman Brothers et des subprimes semble bien loin derrière nous, et pourtant, les banques sont toujours sous le coup d’annonces surprises sur les mauvaises performances de tels produits dérivés. Si les montants ne sont bien sûr pas les mêmes, cela pousse à s’interroger sur l’efficacité des process de mesures du risque, et la raison pour laquelle de telles activités dites risquées n’ont pas été cantonnées plus tôt. L’incident est ici circonscrit à "certains produits spécifiques" mais il est aujourd’hui toujours aussi essentiel que les banques montrent leur capacité à absorber des chocs de tous horizons et magnitude.
Certes, l’incident est aujourd’hui mineur au regard des comptes de Natixis, et ne remet pas en cause le plan New Dimension 2020 présenté en septembre, et un ratio de distribution de 60 %, mais aussi un dividende exceptionnel de 1,5 milliard d’euros lié à la vente des activités de banques de détail à BPCE. Néanmoins, les investisseurs ont encore des souvenirs prégnants de la crise, et n’ont pas apprécié cette mauvaise nouvelle de Noël : le titre Natixis dévisse de plus de 4 %, soit une baisse de 43 % depuis le début de l’année.
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