Régulation / Concurrence / AMF / Marie Brizard and Spirits
Régulation / Concurrence
AMF / Marie Brizard and Spirits
Marie Brizard à nouveau confrontée à ses actionnaires
Marie Brizard Wine and Spirits (MBWS), qui a subi de lourdes pertes financières en 2018, a conclu un accord avec son actionnaire principal Cofepp, détenu par la famille Cayard, pour se fournir l’oxygène nécessaire. Un projet qui dérange les actionnaires minoritaires. Car ce groupe de vins et spiritueux, concurrent direct de MBWS, pourrait profiter de ses difficultés financières pour prendre une large participation, et cela sans passer par la case Offre Publique d’Achat.
Dans un communiqué de MBWS publié à la veille de Noël, il est écrit que Cofepp, le propriétaire de La Martiniquaise, a annoncé de fait son intention d’accorder un crédit relais de 25 millions d’euros à MBWS, qui sera remboursé après le 31 janvier 2019, date à laquelle les actionnaires de MBWS devront se prononcer lors de l’assemblée générale sur l’une ou l’autre des options proposées par Cofepp. La première option (privilégiée par MBWS) prévoit une augmentation de capital de 37,712 millions d’euros à Cofepp, qui ferait automatiquement augmenter sa participation actuelle de 29,47 % à un niveau compris entre 37 % et 47 %, sous condition de l’obtention d’une dérogation à l’obligation de mettre en œuvre une OPA. Car la Cofepp peut se prévaloir du Règlement général aux termes duquel l’AMF peut accorder une dérogation en cas de “souscription à l’augmentation de capital d’une société en situation avérée de difficulté financière, soumise à l’approbation de l’assemblée générale des actionnaires”.
La seconde option repose sur une augmentation de capital de 35 millions d’euros avec maintien du droit préférentiel de souscription (DPS). Cofepp détiendrait ici au maximum 30 % de MBWS.
MBWS a annoncé jeudi dernier dans un second communiqué la démission prochaine de son président du conseil Benoît Hérault, sanctionnant ainsi la forte dégradation des résultats financiers. MBWS a par ailleurs décidé, “en l’état actuel des choses”, de mettre fin au projet de cession de certaines de ses marques, qui devait initialement l’aider à éponger ses pertes. "Les différents processus menés n'ont pas permis, dans le temps imparti, de recueillir des offres nécessaires à l'atteinte de cet objectif, menant le conseil d'administration à rechercher une autre solution pour faire face à sa situation financière. Cette solution s'est matérialisée par l'accord ferme signé avec la Cofepp", peut-on lire dans le communiqué.
L’arrivée prochaine de Cofepp au capital de MBWS à hauteur d’au moins 30 % inquiète les actionnaires minoritaires et certains investisseurs institutionnels qui ont fait appel l’an dernier à Colette Neuville pour saisir l’Autorité des marchés financiers (AMF). La présidente fondatrice de l’Association de Défense des Actionnaires Minoritaires (ADAM) qui a fait son nom grâce à plusieurs grands dossiers de défense d’actionnaires minoritaires, a écrit une lettre à l’AMF le 9 janvier dernier, que WanSquare a pu consulter.
D’abord sur le calendrier : “Force est d’observer que le choix de la veille de Noël [...] pour faire paraître au BALO la convocation d’une AG a eu pour conséquence inéluctable d’en retarder la prise de connaissance par les intéressés”. Ensuite sur le contexte, “La Martiniquaise est en situation de conflit d’intérêts avec la société [...] il apparaît que la Cofepp entend prendre le contrôle de MBWS, mais sans en payer le prix” et “aucune explication n’est donnée sur les raisons pour lesquelles la société n’a pas donné suite aux mesures de cessions d’actifs et de réductions de coût”.
En conclusion, “il ne serait pas acceptable qu’une dérogation à l’obligation de mettre en œuvre une OPA soit accordée à la Cofepp sans qu’ait été vérifié le caractère équitable des modalités de l’accord”. La défense des actionnaires requiert en conséquence une expertise indépendante. Dans le communiqué du 10 janvier et au-delà de la démission du président du conseil, il est écrit que le conseil d'administration de MBWS a accepté la mise en place d’un comité ad hoc composé d’administrateurs indépendants. Il devrait interagir avec l'expert indépendant requit la veille par l'experte et chargé de rendre une attestation d’équité sur le projet d’augmentation de capital réservée à Cofepp. “C’est très étonnant qu’ils ne l’aient pas annoncé avant, compte tenu de la situation de conflit d’intérêts, c’est indispensable”, argumente Colette Neuville. C’est lors de la prochaine assemblée générale du 31 janvier que les actionnaires minoritaires, soutenus par Colette Neuville et aidés du rapport de l'expert indépendant, pourront poser directement leurs questions à MBWS et Cofepp.
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