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Bâle III : les Françaises vont banquer
Depuis plus d’une semaine, les banques françaises affichent une à une les prochaines exigences réglementaires de fonds propres CET1 réclamées par la Banque centrale européenne (BCE). A chaque fois, et même lorsque les exigences se durcissent, leurs ratios sont bien au dessus des contraintes.
Depuis le premier jour de l’année, BNP Paribas doit afficher un Common Equity Tier 1 supérieur à 9,83 % soit deux points de pourcentage de moins que ce que la banque de la rue d’Antin peut se vanter de présenter. Quant au Crédit Agricole, des restrictions de distribution pourront être engagées dès lors que le CET1 de la banque est en-dessous de 9,78 % à partir du 1er mars prochain. Là encore, peu d’inquiétudes puisque ce seuil se compare avec un ratio réel de 15 % au 31 décembre 2018.
Pour BPCE et sa filiale cotée Natixis, la BCE a fixé ses exigences de capital à respectivement 9,76 % et 9,06 %. A fin 2018, le ratio CET1 de BPCE s'est élevé à 15,5 % tandis que celui de Natixis est ressorti à 11,1 %. Société Générale affiche un ratio CET1 à 10,9 %, soit un point de pourcentage au delà de ce que l'institution européenne lui demande.
Malgré des résultats financiers légèrement en berne, les banques françaises devraient donc être en mesure d’absorber les pertes et de rétablir leur position en capital en cas de crise. Du moins selon les critères de l’institution européenne. Un constat similaire pour les banques italiennes qui ne cessent de cumuler les voyants rouges depuis l’arrivée de la coalition populiste au pouvoir : UniCredit a perdu quelque 40 % de sa valeur en un an, la BPMS 67 %, Banco BPM 42 % et Intesa 37 %. Mais le secteur bancaire transalpin affiche un CET1 en hausse de 7 % en dix ans, 1,3 % au-dessus de la moyenne des banques européennes. Fragiles certes, mais résilientes donc. Le FMI a toutefois récemment appelé le système bancaire à poursuivre ses efforts, “à augmenter encore sa capitalisation, son efficacité et sa rentabilité, essentiellement en diversifiant ses sources de revenus et en réduisant les coûts opérationnels”.
Le Fonds de résolution unique (FRU) qui doit lui aussi empêcher la survenue de la prochaine crise, continue de grossir et la ponction sur les françaises ne cesse de s’alourdir. BNP Paribas a annoncé prévoir une hausse de 100 millions d’euros de sa contribution d’ici à 2020 lors de la publication de ses résultats financiers la semaine dernière, et attribuera un montant équivalent aux seuls “coûts de conformité”. Lors de la conférence de presse des résultats annuels 2018, Frédéric Oudéa avait indiqué quant à lui que "sur les 3,8 milliards de résultat net affichés par la SocGen en 2018, 430 millions d'euros de contributions nettes d’impôts sont allés au FRU". C’est plus de 11 %...
Les contributions respectives des banques européennes au FRU en 2019 ne sont pas publiques à ce jour - et les banques n'ont pas pas encore reçu le montant de la facture -, mais devraient en tout état de cause augmenter. De fait ce dispositif de réserves doit monter en puissance pour atteindre 55 milliards d’euros d’ici à 2023, à comparer aux 24,9 milliards d’euros réunis en juin 2018 (+7,5 milliards d’euros par rapport à 2017). Et du fait de leur concentration, les Françaises ne sont pas en reste : l’an dernier elles ont contribué à hauteur de 2,29 milliards d'euros, soit un peu plus de 30 % de la somme totale, selon les derniers chiffres dévoilés par le Conseil de résolution unique (CRU). Car ce sont les plus grosses banques qui payent les plus gros chèques.
Last but not least, la facture “compliance” s'alourdira prochainement de la note du MREL - toujours en cours d’élaboration - ce nouveau ratio d'exigence minimale de fonds propres et passifs exigibles qui pourra représenter jusqu’à 8 % des passifs des banques jugées systémiques par le CRU.
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