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Total / Novatek / Russie
Pouyanné sur les traces de Margerie
C’est fait. Total a signé l'accord définitif lui octroyant une prise de participation de 10 % dans le projet de gaz naturel liquéfié du Russe Novatek, Arctic LNG 2, estimé à plus de 20 milliards de dollars. La transaction devrait être finalisée d'ici à la fin du premier trimestre. Compte tenu du fait que Total détient 19,4 % du capital de Novatek et de la volonté de Novatek de conserver 60 % du projet, l'intérêt économique global du groupe dans ce nouveau projet GNL s'élèvera à environ 21,6 % selon Total. Par ailleurs, au cas où Novatek déciderait d'abaisser sa participation en dessous de 60 %, Total aurait la possibilité d'augmenter sa participation directe jusqu'à 15 %.
Cet accord est vu d’un très mauvais œil par les autorités américaines. D’abord parce que la Russie est toujours l’objet de sanctions de la part des États-Unis, mais aussi de l’Europe. Ensuite parce que cette zone de l’Arctique est vue par les Américains comme le nouvel eldorado gazier. Qui va devenir encore plus attrayant avec la fonte des glaces dans le nord de la Sibérie. Ce qui va ouvrir une nouvelle voie maritime pour les pétroliers et les gaziers.
Total a déjà été associé à un autre méga projet de GNL avec Novatek, Yamal LNG, qui a démarré la production de gaz en décembre 2017 dans l'Arctique russe. Yamal tient d’autant plus à cœur à l’entreprise française qu’il avait été lancé par l’ancien P.-D.G. de Total, Christophe de Margerie, qui a trouvé la mort dans un accident à l’aéroport de Vnoukovo à Moscou en 2014. Le premier méthanier brise-glace qui a quitté Yamal porte d’ailleurs son nom, et ses célèbres moustaches figurent en bonne place à l’avant de sa coque.
Arctic LNG 2 est situé sur la péninsule de Gydan, dans le nord de la Sibérie, à une trentaine de kilomètres de Yamal LNG. Il est prévu que le projet atteigne une capacité de production de 19,8 millions de tonnes par an, soit 535.000 barils équivalent pétrole par jour. Pour Total il s’agit d’un investissement très important qui sera fait sans l’aide des banques américaines.
En dépit des sanctions internationales contre la Russie, Total a été formellement autorisé par les autorités françaises ayant compétence pour accorder les autorisations nécessaires à la poursuite des opérations sous le régime de sanctions de l’Union européenne, à continuer ses activités en Russie. Les États-Unis ont adopté des sanctions économiques visant notamment Novatek et les entités dans lesquelles Novatek détient une participation d’au moins 50 % du capital, dont Yamal LNG. Ces sanctions interdisent notamment aux sociétés et ressortissants américains d’effectuer des transactions et de participer au financement ou à la négociation de dette émise par ces entités après le 16 juillet 2014 d’une durée supérieure à 90 jours (durée réduite à 60 jours à compter de fin novembre 2017). L’utilisation du dollar U.S. est par conséquent interdite pour ces types de financement, dont Yamal LNG.
Le plan de financement du projet Yamal LNG a été finalisé en plusieurs étapes en 2016 dans le respect des réglementations applicables. Les activités de Total en Russie ne sont pas affectées de façon significative par les mesures restrictives adoptées par les États-Unis en août 2015, qui ont imposé un contrôle et des restrictions liés à l’exportation de certains biens, services et technologies destinés aux projets situés en Russie dans le domaine de l’exploration pétrolière. Elles ne sont pas non plus affectées de façon significative par les mesures restrictives adoptées par les États-Unis en août 2017 visant des transactions liées aux pipelines d’exportation russes. Rappelons qu’au 31 décembre 2017, Total détenait 21 % de ses réserves prouvées en Russie, d’où provenait également 12 % de la production combinée de liquides et de gaz du Groupe en 2017. On comprend dans ces conditions l’intérêt de Patrick Pouyanné à marcher dans les pas de Christophe de Margerie, qui avait eu le courage, en 2014 de ne pas céder au diktat américain.
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