Macro-économie / Taux / pétrole / OPEP / Russie / Arabie saoudite
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L'OPEP + se réconcilie
Le temps est à la réconciliation entre les pays producteurs de pétrole et la Russie : samedi, les pays de l'OPEP+ (OPEP et Russie) qui se réunissaient en visio pour discuter de leur stratégie dans les prochains mois, ont décidé de prolonger d’un mois l’accord obtenu fin avril afin de réduire fortement leur production d’or noir. La nouvelle a fait grimper le prix du baril de Brent, qui était ce matin en hausse de près de 2%, à 42 dollars. Le prix de l'or noir a plus que doublé depuis fin avril, où le Brent s'échangeait juste en dessous des 20 dollars. Explication de cette rapide remontée des cours.
Début mars, la rencontre des pays de l'OPEP+ se solde par un échec, la Russie refusant de continuer à caper sa production, mettant fin à une entente qui durait depuis plus de trois ans. En réponse, l'Arabie Saoudite décide de déclencher une véritable guerre des prix, inondant le marché de barils, pour faire dégringoler les cours et pousser la Russie à revenir dans les négociations. Un affrontement qui coïncide avec la propagation du Coronavirus à l'ensemble de la planète et l'arrêt quasi complet de l'économie d'une grande partie du monde, en raison de mesures de confinement très strictes. À la guerre des prix s'ajoute donc un effondrement de la demande mondiale de pétrole (-30 millions de barils par jour en avril), entraînant une dégringolade historique des prix et de gros problèmes de stockage aux États-Unis : le 20 avril, le WTI passe temporairement en territoire négatif, et le Brent descend jusqu'à 17 dollars.
Sous la pression du Président des Etats-Unis, dont les producteurs de schiste sont au bord de l'asphyxie, la Russie et l'OPEP, menée par Arabie saoudite, finissent par s'entendre fin avril sur un plafonnement historique de la production, de 9,7 millions de barils par jour en mai et juin. Ce qui fait immédiatement grimper les prix de l'or noir : le baril de Brent, situé autour de 20 dollars le 28 avril, remonte à 33 dollars le 28 mai, soit une hausse de 65% en un mois. Samedi soir, les producteurs ont donc décidé de prolonger le plafonnement de leur production jusqu’à fin juillet, à hauteur de 9,6 millions de barils par jour (100.000 barils de plus que prévu seront produits car le Mexique a refusé de signer l'accord). Le communiqué publié à l'issue de la rencontre précise par ailleurs que les pays qui n'auraient pas respecté leurs quotas aux mois de mai et juin devront compenser leur retard en réduisant davantage leur production d'ici fin septembre.
"Cette prolongation est une bonne nouvelle pour le marché pétrolier", explique Harry Tchilinguirian, responsable matières premières chez BNP Paribas à Londres. "Non seulement l'accord contraint davantage les États à respecter leurs quotas, mais il devrait aussi renforcer l'engagement unilatéral de l'Arabie Saoudite à réduire sa production de 1 million de barils par jour, en plus des 2,5 millions de barils, auxquels le royaume est tenu", poursuit l'expert. Fin avril, l'Arabie Saoudite s'était en effet engagée à réduire sa production dans de plus grandes proportions que les autres États, afin de faire remonter les prix plus rapidement.
Le timing de cet accord est également idéal, puisqu'il survient au moment où la demande mondiale de pétrole est en train de repartir, alors que la plupart des pays occidentaux ont largement entamé leur déconfinement. Les analystes estiment par conséquent que le cours du Brent pourrait rapidement retrouver les 50 dollars, si la dynamique actuelle se poursuit.
Il reste qu'une remontée trop rapide des prix serait néfaste pour le rééquilibrage offre/demande du marché. Car une hausse du baril risque d'inciter les producteurs de schiste américains à redémarrer certains de leurs puits trop tôt (EOG Resources et Parsley Energy ont déjà annoncé qu'ils accéléreraient leur production), au risque de se retrouver confrontés aux mêmes problèmes de stockage qu'en avril, si la demande ne suit pas aussi vite. D'où l'importance pour l'OPEP+ de suivre avec attention l'évolution des prix dans les prochaines semaines, afin d'ajuster le tir lors de leur rencontre, fixée au 30 novembre. D'ici là, le Comité ministériel conjoint de suivi (sans la Russie) se réunira le 18 juin puis une fois par mois pour discuter de l'évolution du marché.
Les pays qui ne respecteraient pas leurs engagements pourraient également être rappelés à l'ordre : l'Irak notamment, qui a réalisé moins de la moitié des réductions qui lui avaient été assignées le mois dernier, devra réduire sa production de 24% de plus ce mois-ci (soit à hauteur de 3,28 millions de barils par jour) pour respecter sa promesse. Un engagement difficile à tenir pour le pays, très dépendant de ses revenus pétroliers et dont l'économie est encore en pleine reconstruction après des années de guerre.
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