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Nouvel accord de l'Opep + : l'Arabie saoudite n'a pas eu le dernier mot
Cette semaine en dent de scie pour le cours du pétrole illustre le sentiment des observateurs. L’absence d’accord lundi et le report à ce jeudi de la réunion prévue mardi par les pays exportateurs de l'or noir, se sont traduits par deux jours de baisse du cours en début de semaine. Les rumeurs d’un maintien du plafond de la production en vigueur ce mercredi, et la décision de faible augmentation ce jeudi ont finalement contribué à faire remonter les cours du baril de Brent et de WTI à un niveau supérieur à celui de début de semaine.
La décision que tout le monde croyait arrêtée d’avance, a fait l'objet d'un bras de fer entre les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs dix partenaires, qui ont peiné à trouver un compromis pour le mois prochain. Et pour cause, la donne a changé. Le cours du baril, qui oscillait péniblement autour des 40 dollars jusqu’au mois d’octobre, a finalement connu une forte hausse au mois de novembre, une première depuis le début de la pandémie. Le baril de WTI, côté à New York sur le Chicago Mercantile Exchange (CME), a atteint les 44,9 dollars le baril au début du mois, soit une progression de 24 % par rapport à fin octobre. L’autre référence des marchés, le baril de Brent, côté sur l’Intercontinental Exchange, a progressé de 28 % en un mois, atteignant les 47,9 dollars le baril en début de semaine. La hausse du cours est en grande partie liée à l’effet d’annonce d’un vaccin contre la Covid-19, dès lors elle n’est pas forcément un signe de reprise de l’activité réelle.
Cet espoir d'un retour à la consommation en énergie fossile, n'est pas le seul facteur explicatif du climat de tension qui règne entre les décideurs de la production de pétrole mondiale. Certains pays exportateurs qui avaient ralenti fortement leur production sont de retour sur le marché. La Libye produit à nouveau plus d’un million de barils par jour, selon la Compagnie libyenne de pétrole (NOC), alors qu’elle était à son point le plus bas au printemps dernier. L’Iran est aussi en passe de reprendre sa production en or noir. En effet, l’élection d’un candidat démocrate aux États-Unis devrait conduire à un assouplissement de la politique américaine vis-à-vis de Téhéran. Le cartel doit compter sur ces barils supplémentaires dans sa grille de régulation, s’il ne veut pas que l’excès d’offre conduise à nouveau à une chute des cours qui ne profiterait à personne.
L’accord péniblement signé mi-avril, prévoyait d’augmenter la production de 1,9 million de barils par jour au 1er janvier 2021 ; mais la situation de reprise qui se profile en W oblige les grands producteurs à revoir leur calendrier de retour à la normale. Le ministre saoudien de l’Énergie et chef de file du cartel Abdel Aziz Salmane s’était exprimé en faveur d’une prolongation du plafonnement actuel de 7,7 millions de barils par jour. L'Opep + s'est finalement accordée hier soir sur une augmentation de 500.000 barils par jour à partir du 1er janvier, ce qui témoigne de la perte de pouvoir de L'Arabie saoudite qui jusqu'à présent avait l'ascendant. Les pays de l'Opep élargi ont par ailleurs pris la décision de se réunir tous les mois pour s'accorder sur les paliers et quotas à adopter. "En ne trouvant un accord que sur le mois de janvier, l’alliance se laisse le temps de voir si les campagnes de vaccination vont permettre de faire repartir la demande. Mais la réunion d’aujourd’hui est un rappel sérieux qu’un accord n’est jamais certain avant la fin des discussions", selon Paola Rodriguez Masiu, de Rystad Energy. Les prochaines négociations s'annoncent tout aussi musclées que celles de cette semaine et chaque nouvelle rencontre entre Riyad et Moscou fait craindre une rupture de cette alliance fragile entre les anciens rivaux.
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