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Pétrole : l’OPEP+ signe un accord minima
Il aura fallu beaucoup de diplomatie et de coups de fil entre Riyad et Washington et Moscou et Washington pour que les négociations au sein de l’OPEP + reprennent et aboutissent à l’accord historique de dimanche. Depuis le début du mois de mars en effet, l’entente de l’OPEP + sur le plafonnement de production d’or noir mondial, qui durait depuis plus de trois ans, avait volé en éclats, après que la Russie a refusé de diminuer davantage sa propre production. Quelques jours plus tard, Riyad changeait de stratégie et annonçait accroître la sienne de 10 millions de barils par jour, achevant de faire dégringoler les cours du pétrole, en chute libre depuis le début de l’épidémie de coronavirus.
La situation de confinement progressif de la population mondiale a de fait entraîné un effondrement de la demande d’or noir, de 20 à 30 millions de barils par jour selon les premières estimations, soit une baisse de 20% à 30%. Le prix du baril lui a été divisé par deux depuis le mois de janvier, passant de 70 dollars à 21 dollars le baril de Brent le 30 mars, un plus bas de 17 ans.
Après un mois et demi de gel des relations entre l’Arabie saoudite et la Russie, la pression exercée par le Président américain sur les deux puissances a semble-t-il fonctionné. Même s’il n’est pas l’unique responsable du dégel des relations et de l’accord de dimanche. “Moscou a adopté une position nettement plus conciliante qu’attendu, sans doute par pragmatisme. Le pays ne dispose pas de beaucoup de capacités de stockage et s’il avait continué à produire autant, il aurait rapidement été confronté à un problème de stockage”, explique ainsi Harry Tchilinguirian, responsable de la recherche matières premières chez BNP Paribas.
En quoi consiste donc l’engagement signé par les pays de l’OPEP + le jour de Pâques ? Ces derniers ont décidé de réduire leur production de 10 millions de barils par jour aux cours des mois de mai et juin, puis de 7,7 millions de barils par jour de juillet à décembre. L'accord ne prendra effet que le 1er mai prochain. Sachant que le groupe des pays producteurs et la Russie se rencontreront de nouveau le 10 juin pour faire un point sur la situation et notamment sur l’état de la demande mondiale. “L’OPEP espère que la production au Canada, aux États-Unis et au Brésil baisse également du fait de la situation économique actuelle ; et que les pays du G20, dont les ministres des finances se sont réunis ce week-end, réduisent aussi la leur. Ce qui permettrait une réduction globale de la production de 15 millions de barils par jour”, poursuit Harry Tchilinguirian. Cela pourrait être le cas alors que la compagnie brésilienne Petrobras a annoncé une baisse de sa production de 200.000 barils par jour en raison de la chute de la demande et alors que le STEO américain (Short Term Energy Outlook) a estimé que la production du pays devrait diminuer de 1,6 million de baril par jour de mars à décembre. "Vu la forte baisse des dépenses en R&D de l'ensemble des compagnies pétrolière aux États-Unis, il est certain que la production nationale va chuter", explique encore Harry Tchilinguirian. Ce qui explique d'ailleurs la pression exercée par Trump sur le royaume saoudien et la Russie pour parvenir à un compromis. Et le coup de fil au président mexicain, qui avait initialement refusé de baisser sa production lors de la rencontre des producteurs vendredi dernier. Le pays a finalement accepté de la réduire de 100 000 barils par jour, soit quatre fois moins que ce qui lui avait été demandé, grâce à l'intervention américaine.
Mais une réduction globale de 15 millions de barils par jour -qui n'aura lieu que si les autres payas producteurs et membres du G20 réduisent la leur d'environ 1,3 millions par jour- permettrait tout juste de compenser l’effondrement de la demande mondiale. Et cette baisse pourrait être trop lente pour impacter le marché. "C'est trop peu et trop tard", ont ainsi estimé ainsi les équipes de Goldman Sachs dans une note. "Aucune réduction volontaire ne sera assez importante pour compenser les 19 millions de barils par jour que la demande moyenne d'avril à mai perd en raison du coronavirus", poursuivent les économistes. Bilan : malgré l’ampleur de la réduction décidée dimanche, le prix du Brent a finalement peu progressé depuis : il s’échangeait aujourd’hui autour de 31 dollars, contre 34 dollars le 8 avril. Le prix des contrats à terme de juin n’a eux progressé que de 1,5% suite à l’annonce de l’accord. Mais celui des contrats de décembre a en revanche plus fortement monté. “La réduction de la production sera pleinement efficace sur les cours du pétrole quand la demande mondiale d'or noir repartira, c’est-à-dire quand les pays sortiront progressivement du confinement”, explique encore le responsable de BNP Paribas. Les contrats de fin d’année ont d'ailleurs d’avantage progressé que ceux à échéance un ou deux mois.
À très court terme donc, la décision de l’OPEP + va permettre d’assurer un cours plancher et éviter que le baril ne franchisse à la baisse le seuil des 15 ou 10 dollars, comme certains analystes le redoutaient. Mais les prix ne se reprendront durablement qu’à condition que les pays producteurs maintiennent leur engagement et que la demande mondiale se reprenne suffisamment après la fin du confinement.
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