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Macro-économie / Taux / pétrole / Arabie saoudite

Macro-économie / Taux
pétrole / Arabie saoudite

L’Inde principal protagoniste de l'évolution du baril ?

Le prix du pétrole a grimpé ce week-end en raison des tensions diplomatiques entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis. Mais l’évolution de la demande indienne dans les prochains mois et notamment sa décision ou non de réduire ses importations de pétrole iranien pour ne pas subir les sanctions américaines, sera bien plus déterminante pour connaître la tendance de moyen terme sur le marché du pétrole.
Pétrole Iranien Iran
Pétrole Iranien Iran

Le prix du baril était en hausse ce week-end sur fond de tensions diplomatiques entre l’Arabie saoudite et les États-Unis en raison de la disparition d’un journaliste saoudien et résident américain. En début d’après-midi, le Brent était en hausse de 0,43% à 80,95 dollars (avant de redescendre aux alentours de 80,42 dollars), après que Ryad a promis hier des représailles en cas de sanctions prises à son encontre par Washington. Vendredi, le Président américain avait effectivement déclaré que le Royaume pourrait être à l’origine de la disparition du journaliste Khashoggi et avait menacé Ryad d’un "châtiment sévère".

Les marchés et certains investisseurs ont interprété ces menaces verbales comme la possibilité pour l’Arabie saoudite d’utiliser le pétrole comme arme de négociations, en réduisant sa production afin de faire grimper les prix. Ce qui pénaliserait le Président américain, à quelques semaines de l’échéance des mid-terms élections, et alors que toute hausse de la facture énergétique des consommateurs américains est mauvaise pour la popularité du Président. Pour autant cette petite crise diplomatique ne devrait pas impacter le marché de l’or noir outre mesure, estime Harry Tchilinguirian, stratégiste matières premières chez BNP Paribas. "Je ne pense pas que les relations entre les États-Unis et l’Arabie saoudite soient arrivées à un point de rupture", explique l’analyste. "Il n’est pas certains que les tensions entre les deux pays amèneront un changement par rapport à l’offre fondamentale de pétrole et sur le marché de manière générale", poursuit-il.

Un facteur plus important pourrait en revanche faire grimper les prix dans les prochains mois : la position de l’Inde par rapport aux menaces de sanctions extraterritoriales des États-Unis. Le pays est en effet le second plus gros importateur de pétrole iranien après la Chine. Les marchés savaient depuis l’annonce du rétablissement des sanctions par les Américains à l’égard de l’Iran en mai dernier, que Pékin ne tiendrait pas compte des menaces américaines. Mais l’incertitude subsistait quant à la position indienne. Et alors que le marché et les investisseurs, au moment de l’annonce du rétablissement des sanctions américaines tablaient sur une réduction de la production iranienne de l’ordre de 500.000 à 700.000 barils par jour, ils ont désormais revu leurs anticipations à la hausse, et estiment que la production du pays pourrait être réduite de 1,5 million de barils par jour. C’est d’ailleurs l’un des facteurs qui a fait grimper le baril depuis un mois et demi : le baril se traitait encore autour de 70 dollars mi-août, avant que les marchés ne revoient leurs prévisions à la hausse.

La raison de cet ajustement ? L’Inde devrait effectivement réduire ses importations de brut iranien : les quatre principales raffineries du pays se sont montrées très prudentes ces dernières semaines vis-à-vis de l’Iran. Et les autorités indiennes ont certes décidé de contourner les menaces américaines en payant en roupies et non plus en dollars une partie de leurs importations de pétrole, mais ont également indiqué qu’elles chercheraient à réduire leur dépendance à l’or noir iranien. Une stratégie qui devrait leur permettre de bénéficier d’exemption des États-Unis. "Les responsables américains ont confirmé qu’ils envisageaient d'accorder des exemptions aux pays qui chercheraient à réduire leurs importations iraniennes mais ne pourraient totalement les arrêter avant la date butoir de Washington, le mois prochain", a ainsi rapporté le quotidien britannique The Times la semaine dernière.

Quels autres éléments orienteront l'évolution de l'offre de pétrole dans les prochains mois ? La décision des membres de l'OPEP d'augmenter ou non la production. Si l’Arabie saoudite et la Russie ont fait savoir suite au sommet d’Alger fin septembre, qu’ils pourraient potentiellement accroître leur production pour compenser le manque à gagner iranien, il est peu probable qu’ils l’augmentent dans des proportions suffisantes, estime encore Harry Tchilinguirian. "En période de trou dans l’offre de pétrole, comme c'est le cas actuellement, il existe deux possibilités : soit les pays consommateurs puisent dans leurs inventaires, ce qui permet de compenser la baisse de la production. Soit les prix augmentent", explique encore le stratégiste. Or, le niveau des inventaires des pays de l’OCDE est actuellement inférieur à sa moyenne à 5 ans. Les États ne disposent donc pas de réserves suffisantes pour combler la diminution de la production iranienne. Selon BNP Paribas, le baril devrait donc grimper aux alentours de 85 dollars lors du premier trimestre 2019. D’autant que l’effet saisonnier devrait aussi contribuer à faire monter les prix, la demande énergétique augmentant avec l’arrivée de l’hiver.

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