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Private Equity / Arabie saoudite / Silicon Valley

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Arabie saoudite / Silicon Valley

Affaire saoudienne : le casse-tête de Softbank et de la tech

Après la disparition mystérieuse de l’opposant saoudien Jamal Khashoggi, de grands patrons ont annulé leur venue au Davos du désert. Ceci place Masayoshi Son, le patron de Softbank et du plus gros fonds tech au monde avec les Saoudiens, dans une situation très délicate, mais aussi les start-up concernées.

L’affaire de la disparition de l’opposant politique saoudien Jamal Khashoggi, qui aurait été assassiné à son consulat à Istanbul il y a quelques jours, ne fait que s’envenimer d’heure en heure. Lundi, ce sont les plus grands patrons de Wall Street qui ont décidé d’annuler leur venue au Davos du désert, cette conférence organisée en grande pompe fin octobre à Riyad et vue par le Prince saoudien, Mohamed Ben-Salman, comme un moyen de montrer la modernisation du pays. Lundi, Larry Fink de BlackRock et Steve Schwarzman de Blackstone se sont joints à Jamie Dimon, l’homme fort de JP Morgan, et ont appelé à reporter cette grand-messe.

La décision est éminemment politique, car tous ont des relations de grande proximité avec le pays. Mais de ce point de vue la prise de position la plus courageuse émane de Dara Khosrowshahi, le patron d’Uber, qui a refusé de se rendre à la conférence tant que la vérité ne serait pas faite sur ce dossier. Et cela, alors même que le fonds saoudien a investi 3,5 milliards de dollars dans Uber et contrôle un siège à son board.

Reste un homme d’affaires, pour lequel la situation actuelle est particulièrement embarrassante : Masayoshi Son, le patron de Softbank, qui a lancé aux côtés des Saoudiens Vision Fund, un fonds tech de 100 milliards de dollars en 2016, le plus large de l’histoire. Et le fonds souverain saoudien a promis d’abonder pas moins de 45 milliards de dollars sur cinq ans, ce qui en fait le plus gros contributeur. Surtout, quelques jours à peine avant que ce scandale ne prenne de l’ampleur, le Prince saoudien s’était engagé à mettre le même montant sur la table pour le deuxième millésime du Vision Fund s’il était satisfait du rendement apporté par le premier.

Softbank et l’Arabie saoudite ont également conclu ensemble un projet de centrale solaire photovoltaïque pour 200 milliards de dollars, qui produirait 200 gigawatts d’ici 2030, soit 100 fois plus que le deuxième plus gros projet solaire du moment. Un projet qui aurait néanmoins été mis entre parenthèses, selon un article du Wall Street Journal fin septembre. Le Royaume, qui a reporté sine die l’introduction en Bourse de Saudi Aramco, a dû revoir les ambitions de ses fonds mais aurait tout de même des projets pour réduire sa dépendance énergétique au pétrole, qu’il compte annoncer à la fameuse conférence appelée Davos du désert.

Masayoshi Son, qui n’a pas encore annulé sa venue à la fin du mois, est donc pris entre le marteaux et l’enclume. D’un côté, les groupes tech et licornes qu’il courtise via le Vision Fund pourraient être tentés d’aller voir ailleurs pour lever des capitaux frais. On pense notamment aux discussions en cours avec Wework, où le Vision Fund ambitionnerait d’entrer en majoritaire avec un investissement de 20 milliards de dollars. Richard Branson aurait de son côté déjà pris la décision d’arrêter les discussions avec le Royaume au sujet de son projet spatial. De l’autre côté, les investisseurs pourraient décider de décliner l’entrée dans ce véhicule aux côtés des Saoudiens, mettant en péril l’existence même du Vision Fund. Un seul homme doit se réjouir aujourd’hui : Elon Musk, qui n’a pas concrétisé son LBO avec les Saoudiens en raison de ses tweets impétueux.

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