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TotalEnergies / Novatek / Russie / Ukraine / BP / Equinor / shell / Patrick Pouyanné

Le désengagement russe de TotalEnergies est-il achevé ? / Après son retrait de Novatek, le groupe reste présent dans Yamal

La major pétrolière française s’est désengagée de son partenaire russe historique Novatek, imitant ses homologues européennes avec plusieurs mois de décalage. La question se pose de savoir si le groupe continuera à en percevoir des dividendes. Sauf sanctions européennes, TotalEnergies continuera par ailleurs à approvisionner l’Europe en gaz naturel liquéfié du complexe de Yamal, en Sibérie.
Logo de Novatek, producteur russe de gaz naturel - Mario FOURMY/REA
Logo de Novatek, producteur russe de gaz naturel - Mario FOURMY/REA

La question russe a-t-elle fini d’empoisonner TotalEnergies ? Cible de critiques récurrentes au sujet du maintien de certains de ses intérêts dans le pays de Vladimir Poutine, le géant français des hydrocarbures devrait moins y prêter le flanc désormais après qu’il a annoncé vendredi qu’il allait retirer ses deux représentants au sein du conseil d’administration de la compagnie gazière russe Novatek. Avec pour conséquence la déconsolidation de ses comptes de sa participation de 19,4% dans son partenaire local historique, avec lequel le groupe - qui s’appelait simplement Total à l’époque - avait conclu une alliance stratégique en 2011. Financièrement, la décision se traduira par une dépréciation d’environ 3,7 milliards de dollars dans ses comptes du quatrième trimestre.

En raison du retrait "avec effet immédiat" des administrateurs de TotalEnergies du conseil de Novatek, "les critères d’influence notable" au sens de la réglementation comptable suivie par l'entreprise dirigée par Patrick Pouyanné n’étaient plus remplis, a-t-elle expliqué.

Du fait des sanctions européennes depuis le début du conflit ukrainien, les deux représentants du groupe français n’exerçaient de toute façon plus leurs fonctions depuis mars, s’abstenant de voter lors des séances. Mais en continuant à consolider cette participation dans ses comptes, TotalEnergies restait exposé au risque de réputation. L’été dernier, le journal Le Monde, dans une enquête réalisée avec une ONG, avait affirmé qu’un champ de gaz que le groupe détenait en commun avec Novatek fournissait du condensat à une raffinerie russe, qui, une fois transformé en kérosène, aurait été utilisé par l’aviation russe engagée en Ukraine. A la suite de quoi TotalEnergies a rapidement conclu fin août la cession de ses parts à Novatek, sans éteindre totalement les accusations compte tenu du lien maintenu avec son partenaire russe.

 

Un désengagement progressif

 

Mais alors, pourquoi n'avoir pas déconsolidé plus tôt la participation dans Novatek ? Il s’agit d’un choix assumé dès mars dernier lorsque le groupe avait expliqué "ses principes d’actions" vis-à-vis du conflit. A la différence de la major britannique BP, de l’anglo-néerlandaise Shell ou de la compagnie norvégienne Equinor, sorties de Russie de manière radicale en passant immédiatement de lourdes provisions, TotalEnergies a opté pour un désengagement progressif.

Financièrement, la grosse différence d’approche est en train de s’estomper. En se désengageant totalement, dès février, du géant russe Rosneft dont elle détient une participation de 19,75%, la Britannique BP avait dû comptabiliser en une seule fois une charge de dépréciation de 25,5 milliards de dollars. En comparaison, la stratégie progressive de TotalEnergies a conduit logiquement à des dépréciations progressives. Les 3,7 milliards de dollars de provision annoncés vendredi s’ajoutent aux 3,1 milliards de dollars passés au troisième trimestre, aux 3,5 milliards de dollars du deuxième et aux 4,1 milliards de dollars inscrits dans les comptes du premier trimestre, soit 14,4 milliards de dollars de provision sur les actifs russes au total.

Un point reste cependant à éclaircir, celui de savoir si TotalEnergies va continuer à percevoir des dividendes de la part de Novatek. Car si le groupe français a bien déconsolidé sa participation de 19,4% dans Novatek, cela ne signifie pas qu’il la vend. Tout simplement parce qu'il n’est pas en mesure de le faire. Il lui est en effet "interdit de vendre des actifs à un des principaux actionnaires de Novatek en raison des sanctions le visant", a-t-il rappelé. Selon les analystes de RBC Capital, TotalEnergies pourrait continuer à percevoir des dividendes de Novatek au quatrième trimestre, et même davantage que les 450 millions de dollars perçus au deuxième. Mais l'exemple de BP semble les contredire. Dans la foulée des annonces de TotalEnergies, la compagnie britannique a tenu à indiquer pour sa part ne plus s'attendre à recevoir de dividendes de la part de Rosneft.

 

Dépendance énergétique européenne

 

La question se pose aussi de savoir si le groupe français compte aller plus loin dans son désengagement, sachant qu’il détient toujours 20% du gigantesque champ de gaz de Yamal, en Sibérie, en service depuis 2017, tandis que la participation de 10% dans le projet voisin Arctic LNG 2 a déjà été dépréciée. "Nous ne nous attendons pas à ce que TotalEnergies se retire de ses intérêts dans Yamal", estiment à ce sujet les analystes de RBC Capital, pour qui la déconsolidation de la participation dans Novatek marque donc probablement pour le groupe "l'une des dernières étapes de son retrait partiel de Russie".

Le sujet reste étroitement lié à la dépendance stratégique de l’Europe au gaz russe, celle-ci n’étant pas réglée et sans doute pas près de l’être. TotalEnergies a rappelé vendredi "son devoir de contribuer à la sécurité de l’approvisionnement énergétique gazier de l’Europe à partir de l’usine Yamal LNG dans le cadre de contrats long terme qu’elle se doit d’honorer tant que les gouvernements européens ne prennent pas de sanctions contre le gaz russe". 

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