Publications, Résultats / Eurazeo / Tikehau / Wendel / Virginie Morgon
Publications, Résultats
Eurazeo / Tikehau / Wendel / Virginie Morgon
Eurazeo crée la déception
Les interrogations qui sont nées il y a deux ans autour de la stratégie d’Eurazeo, à l’occasion du ramassage d’actions effectué par Tikehau et de la vente par le Crédit Agricole de sa participation à la holding de la famille Decaux ne sont pas levées. Bien sûr Virginie Morgon, qui a remplacé Patrick Sayer a essayé de clarifier la stratégie de la société de capital investissement. Bien sûr elle a mis un coup d’accélérateur à la gestion pour compte de tiers. Bien sûr elle a pris des initiatives insolites comme la prise de participation dans le groupe Rhône. Mais le nouvel Eurazeo manque de clarté et… aussi de performance.
Eurazeo a annoncé ce matin avoir enregistré une augmentation de 4,2 % de son actif net réévalué par action ajusté, qui s'établit à 77,5 au 31 décembre 2018. Par ailleurs, la société d'investissement a vu son chiffre d'affaires économique augmenter de 12,6 % l'an dernier, à 5,23 milliards d'euros. Mais le bénéfice net, lui, ne s'est établi qu’à 251 millions d'euros contre 418,4 millions il y a un an. Pour ceux qui voient encore Eurazeo comme un spécialiste de la création de valeur par l’investissement boursier, c’est raté. Puisque l’actif net réévalué des trois actifs cotés est en recul de 10 % au 31 décembre 2018 sous l’effet des baisses de cours de Bourse d’Europcar (-25 %) et d’Elis (-34 %) alors que le titre Moncler progresse de +14 %.
Avec une capitalisation boursière de 5 milliards d’euros, la société que l’on a longtemps appelée le Lazard Bis, pour ses liens avec les associés gérants de la banque du temps où celle-ci était une société en commandite, a du mal à trouver sa place entre les grands fonds de private equity et les holdings classiques à la manière de Wendel. Elle tente d’inventer un troisième modèle, mais sur un marché devenu ultra-compétitif du capital-investissement, où l’agilité, les réseaux, la force de frappe et la vitesse d’exécution sont les clés. À ce titre il est frappant que son principal challenger est une société qui n’existait pas il y a quinze ans, le groupe Tikehau, qui gère 22 milliards d’euros, soit 32 % de plus qu’Eurazeo. En investissant dans le non coté, dans de la dette privée, dans de l’immobilier, et dans des financements structurés. Bref en essayant de devenir un champion de l’investissement alternatif.
Eurazeo semble avoir du mal à se défaire de son passé de grand investisseur structurant, qui permet d’être un acteur incontournable du capitalisme français, et n’a pas encore complètement plongé dans le grand bain du placement alternatif. Pour amadouer ses actionnaires, la société va leur proposer à la fois un dividende de 1,25 euro et une action gratuite pour vingt. Mais il serait plus utile que le groupe clarifie sa stratégie, de peur qu’un jour les Decaux fassent alliance avec Tikehau.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

