Politique monétaire / Taux-dette souveraine / Federal Reserve
Politique monétaire
Taux-dette souveraine / Federal Reserve
Le rétropédalage de la Fed inquiète les marchés
Le président de la Fed, dont le discours assez accommodant adopté depuis le début de l'année avait contribué à faire grimper les bourses mondiales, a peut-être monté une marche de trop mercredi dernier en annonçant qu'il n'y aurait pas hausse de taux supplémentaire cette année. Les marchés, qui tablaient jusqu'à présent sur un ou deux relèvements de taux supplémentaires d'ici décembre, ont été surpris par la tonalité presque trop conciliante adoptée par Jerome Powell, qu'ils ont interprétée comme le signe d'un possible retournement de la conjoncture américaine. Ce dont la Fed ne s'est pas cachée pour justifier son revirement de politique monétaire : "les informations reçues par le Comité monétaire depuis la réunion de janvier indiquent que le marché du travail reste solide mais la croissance de l'activité économique a ralenti comparé au rythme soutenu du quatrième trimestre", ont commenté les membres du Comité monétaire la semaine dernière. Qui ont également cité une hausse moins prononcée des dépenses des ménages américains au premier trimestre, ainsi qu'un ralentissement des investissements.
Au discours très "dovish" de la Fed s'est ajoutée la publication vendredi d'une enquête trimestrielle réalisée par la National Association for Business Economics (NABE) dans laquelle les économistes américains ont drastiquement abaissé leurs prévisions de croissance 2019 pour les États-Unis. Les trois quarts des économistes interrogés tablent désormais en moyenne sur une progression du PIB de 2,4 % cette année, après 2,9 % en 2018. Et ils estiment qu'elle devrait encore ralentir aux alentours de à 2 % en 2020.
Un autre phénomène très suivi des investisseurs a achevé d'inquiéter les places boursières vendredi : la fameuse évolution de la courbe des taux américains. Celle-ci s'est brièvement inversée jusqu'à sa partie 5 ans vendredi, ce qui signifie que les taux courts jusque 5 ans étaient à un niveau plus élevé que les taux 10 ans. Ce matin, seuls les taux à 1 mois, 3 mois et 6 mois étaient supérieurs au 10 ans américain, à 2,474 % (1 mois) et 2,469 % (6 mois) contre 2,467 % pour les Treasuries à 10 ans. Mais le phénomène est assez peu courant pour constituer un indicateur d'alerte pour les marchés. Car il est habituellement considéré comme plus risqué d'investir dans des titres à très long terme, sans réelle possibilité d'anticiper l'évolution de l'économie à horizon 10 ans, uniquement dans des obligations à très court terme. La prime de risque associée aux obligations de long terme est donc en temps normal supérieure à celle des titres de court terme.
Selon les économistes de la Banque postale AM, l'inversion de la courbe des taux n'a eu lieu que 5 % du temps par le passé et a surtout toujours précédé de peu des épisodes de retournement de marché importants. La dernière fois que les taux longs sont passés sous les taux courts remonte à 2007, rappellent les économistes. Autre phénomène de mauvais augure, le fait que les taux des obligations allemandes à 10 ans sont de nouveau en territoire négatif pour la première fois depuis deux ans et demi : les investisseurs préfèrent donc perdre de l'argent en allant sur la dette allemande considérée comme très sûre, plutôt que d'investir sur le marché actions.
Tout ceci fait que les bourses mondiales, qui avaient progressé de près de 15 % en moyenne depuis le début de l'année, ont flanché en fin de semaine dernière : les deux principaux indices américains, le Dow Jones et le Nasdaq ont terminé la semaine en baisse de 1,7 % et de 2,5 %. Et les Asiatiques leur ont emboîté le pas aujourd'hui, Hong Kong et Shanghai chutant d'environ 2 % à l'unisson d'une dégringolade de la place de Tokyo et de Wall Street, dans des marchés inquiets de la décélération de la croissance mondiale.
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