Politique monétaire / Federal Reserve / Donald Trump / Fed
Politique monétaire
Federal Reserve / Donald Trump / Fed
Politique monétaire : quand Trump sort de son rôle
Le Président américain n’a pu s’empêcher une nouvelle fois de s’attaquer à la Fed après l’épisode de l'effondrement boursier de mercredi. S’il a affirmé que la chute brutale des trois principaux indices américains n’était qu’une "correction, attendue depuis longtemps", il a en revanche dénoncé le responsable de la dégringolade : la Banque centrale américaine selon lui. "Je crois que la Fed est devenue folle", a-t-il déclaré, lui reprochant sa politique de resserrement des taux. Ce n’est pas la première fois que le Président critique la stratégie de la Réserve fédérale américaine : dès le début de sa campagne, le candidat à la Maison-Blanche s’en était pris à l’ancienne présidente de la Fed, Janet Yellen, déclarant qu’elle devrait "avoir honte de maintenir les taux artificiellement bas". Des propos qu’il pouvait encore se permettre de tenir, n’ayant alors pas encore été élu.
Mais le Président a persisté à dénoncer la stratégie de la Banque centrale depuis son élection, contrairement à ce que sa fonction exigerait, au nom du principe d’indépendance de la Réserve fédérale américaine. "Je ne suis pas content de la politique monétaire qui relève progressivement les taux d’intérêt", a-t-il affirmé en juillet dernier, avant d’en rajouter quelques semaines plus tard, en août : "En ce moment je devrais être aidé par la Fed", estimant qu’en augmentant les taux, la Banque centrale rend les investissements en dollars plus rémunérateurs, faisant du même coup grimper le cours de la devise et renchérissant le coût des exportations américaines. Ce qui ne va donc pas dans le sens de sa politique de rééquilibrage de la balance commerciale selon lui.
D’une part, ces déclarations semblent hors de propos d’un simple point de vue économique : le resserrement monétaire de la Fed est graduel, (il a commencé en décembre 2015 et Janet Yellen puis Jerome Powell ont depuis relevé les taux à six reprises seulement depuis lors, dont trois fois depuis que le Président Trump a été élu). Et il est cohérent avec la vigueur de l’économie américaine, qui en est à sa dixième année d’expansion, soit la deuxième période la plus longue de croissance consécutive (110 mois d’affilée) après celle vécue entre avril 1991 et mars 2000. La Fed aurait donc plutôt raison de hâter le resserrement, de crainte de ne pas avoir suffisamment de marge de manœuvre monétaire en cas de retournement de cycle. Ce que la directrice générale du FMI a d’ailleurs affirmé ce matin à Bali, en réaction aux propos de Donald Trump. Le relèvement des taux d’intérêt "sont un développement nécessaire" pour les économies comme les États-Unis enregistrant une croissance robuste, une inflation accrue et un chômage "extrêmement bas", a insisté Christine Lagarde lors d’une réunion ce matin.
Ensuite, en critiquant explicitement Jerome Powell, le locataire de la Maison-Blanche rompt avec au moins deux décennies de silence des Présidents à propos de la politique monétaire. Un silence qui découle de la loi instituant les pouvoirs de la Banque centrale américaine, le Federal Reserve Act, amendé en 1977 et qui établit comme objectifs prioritaires de l’institution la stabilité monétaire, la modération des taux d’intérêt de moyen long terme et le plein emploi. Le texte reconnaît la pleine indépendance pour atteindre ces objectifs dont la Banque centrale doit uniquement rendre compte deux fois par an devant le Congrès. Une façon d’éviter qu'elle ne soit soumise aux pressions politiques de court terme et que les gouvernements eux-mêmes ne l’utilisent comme moyen de financer leurs déficits budgétaires. Autre texte législatif ayant permis d’accroître l’indépendance de l’institution, le Balanced Growth Act de 1978, qui exclut de l’examen du GAO (Governement Accountability Office) la politique monétaire. "Si une audition du Congrès devait avoir lieu à chaque fois que la Fed prend une décision de politique monétaire, elle serait soumise à la pression politique monétaire de court terme […] à rebours de son mandat de mener sa stratégie manière libre et indépendante", déclarait en 2015 le vice-président de la Fed Stanley Fischer, dans un discours sur l’indépendance des Banques centrales. "La théorie et la pratique ont démontré qu’une banque centrale plus indépendante permet de délivrer de meilleurs résultats et en particulier une inflation plus basse et plus stable", avait alors ajouté le vice-président. Donald Trump n’en a visiblement pas conscience ou peu grand-chose à faire.
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