Politique monétaire / Donald Trump / Federal Reserve / BCE
Politique monétaire
Donald Trump / Federal Reserve / BCE
Dollar fort, pourquoi Trump a tort
Le Président américain a une nouvelle fois frappé ce week-end en tenant Jerome Powell pour responsable de la "trop grande force" du billet vert. "Nous avons un gentleman à la tête de la Fed qui apprécie un dollar très fort. (...) Je veux un dollar fort mais qui soit bon pour notre pays, pas un dollar qui soit si fort qu'il rende le commerce avec d'autres Etats prohibitif" a déclaré Donald Trump lors d'une conférence du Conservative Political Action. Ce n'est pas la première fois que le président s'en prend à la Fed, ayant déclaré en octobre dernier qu'elle était "devenue dingue", après que Jerome Powell avait relevé les taux pour la troisième fois depuis le début de l'année. Et de nouveau au moment de Noël, lorsque Donald Trump avait accusé le président de la Fed de relever les taux trop rapidement.
De telles déclarations vont pourtant à l'encontre du principe d'indépendance de la banque centrale, censée permettre à la banque des banques de s'émanciper de l'influence de l'administration afin de mener une politique monétaire crédible et de long terme. Un concept dont le président américain n'a visiblement cure, compte tenu des attaques répétées à l'encontre de Jerome Powell depuis qu'il est en poste.
Mais en déclarant cette fois-ci que le président de la Fed est responsable de la force du dollar, Donald Trump a démontré sa méconnaissance des principaux objectifs de Réserve fédérale américaine, parmi lesquels ne figure absolument pas la stabilité de la monnaie. Le mandat de la Fed fixé par le Congrès consiste ainsi en trois grands axes : le plein emploi, la stabilité des prix et la maîtrise des taux d'intérêt de long terme. Si la politique monétaire a naturellement un impact sur le taux de change américain, le président de la Fed n'est pas censé s'en soucier. Le Président américain devrait pourtant le savoir, lui qui accuse régulièrement la Chine par le biais de sa banque centrale, de maintenir sa devise au plus bas, et ainsi de manipuler le cours du yuan.
Enfin, le nouveau coup de griffe de Donald Trump à l'égard de Jerome Powell sur la force du dollar n'est pas vraiment justifié par l'évolution historique du billet vert. Certes, l'euro dollar est passé de 1,23 il y a un an, à 1,13 aujourd'hui, principalement en raison de la divergence de politique monétaire entre les deux continents. Mais, selon les stratégistes de La Banque Postale AM, en termes de parité de pouvoir d'achat (PPA), qui donnerait un euro/dollar autour de 1,23 comme valeur d'équilibre, l'écart actuel (le dollar serait donc de 7,4% au-dessus de sa valeur d'équilibre) reste très limité. "Une déviation 'normale' par rapport à la PPA sur les 35 dernières années est de 35%" soulignent ainsi les stratégistes. "L'argument de Trump, s'il est compris vis-à-vis de l'Euro, est donc juste mais apparaît aussi très excessif", poursuivent-ils.
Et même en élargissant l'argument à un panier de devises, en prenant par exemple l'indice DXY comme référence, la conclusion est la même. Cet indice, qui constitue une moyenne pondérée du dollar contre six grandes devises mondiales (euro, yen, livre, dollar canadien, couronne suédoise et franc suisse) est actuellement à 96,45 contre une moyenne sur les 40 dernières années à 94,92. "Le dollar est 'trop cher' de 1,7%, un chiffre négligeable dans le monde très volatile des marchés de change", concluent les stratégistes, qui estiment que le discours du président Trump est donc peu crédible.
Les marchés n'ont d'ailleurs pas réagi aux déclarations du chef de l'Etat américain. Et en milieu d'après-midi, l'euro/dollar était même en recul de près de 0,8%. Les investisseurs sont effectivement bien plus préoccupés de ce que la BCE va annoncer lors de sa réunion de politique monétaire ce jeudi, que des propos de Donald Trump. Car Mario Draghi va dévoiler les nouvelles prévisions macroéconomiques de la banque centrale européenne, vraisemblablement revues à la baisse, et pourrait donner des indications concernant la première hausse des taux directeurs. Initialement prévue après l'été 2019, elle pourrait finalement ne pas avoir lieu avant le début 2020. C'est du moins ce qu'anticipe désormais le consensus, qui attend donc avec impatience de connaître le sentiment de la BCE ce jeudi.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

