Powell versus Trump : 1-0
Il figure en très bonne place des personnalités les plus marquantes de l’année. Jerome Powell, le président de la Fed qui a remplacé Janet Yellen en février dernier, a été en ligne de mire à de nombreuses reprises cette année, et a surtout été la cible privilégiée des attaques de Donald Trump dans les dernières semaines, ce dernier rompant avec des décennies de non-immixtion de l’exécutif dans la politique monétaire. Mais au terme de cette année 2018, il peut être satisfait du travail accompli : quatre hausses de taux qui permettent à la Fed d’avoir plus de réserve en cas de retournement de la conjoncture, et une communication volontairement plus directe et simplifiée, corrélée aux données macroéconomiques.
Car dès ses premiers mois de mandat, Jerome Powell a imprimé un style très différent de celui qui l’a précédé. Premier non-économiste à être nommé à la tête de la Réserve Fédérale, il a décidé de modifier l’agenda et d’organiser des conférences de presse mensuelles après chaque réunion de politique monétaire, à partir de janvier 2019. Pour ces exercices, l’homme s’efforce également de mieux expliquer les décisions de la banque centrale américaine et d’être plus pédagogue. Mais aussi concis, avec des interventions d’une heure tout au plus alors que Janet Yellen se lançait régulièrement dans de longues analyses économiques.
Le premier semestre de normalisation monétaire s’est plutôt bien passé, dans un contexte de croissance américaine dopée par la réforme fiscale et d’un chômage retrouvant des plus bas historiques. Mais c’est à l’automne, sur fond d’escalade de tensions commerciales avec la Chine et de craintes sur un retournement de la croissance mondiale, que les choses se sont compliquées. Car si les marchés ont vu rouge dès le mois d’octobre, les statistiques économiques étaient toujours aussi bien orientées, justifiant un nouveau tour de vis monétaire en septembre, puis ce mois-ci.
Mais tel n’est pas l’avis de Donald Trump, qui dès l’été dernier, a manifesté son mécontentement sur la hausse des taux sur Twitter, jugeant que la Fed pénalisait tout le travail accompli par son administration. Il est ensuite encore monté au créneau, jugeant à l’automne que la Fed était "devenue folle", qu’elle était le pire problème de l’économie à l’heure actuelle et qu’il était profondément insatisfait de son choix. Il y a quelques jours, il a encore montré son ignorance sur le mandat de la Réserve Fédérale, en affirmant qu’elle ne comprenait pas les marchés et la comparait à un "golfeur puissant mais qui ne peut pas marquer car il n’a pas de toucher".
De quoi nourrir les spéculations sur le possible renvoi du président de la Fed par le locataire de la Maison Blanche. Le peut-il ? Les textes ne sont pas très clairs sur la question et laissent à penser que cela ne pourrait être le cas qu’en cas de faute grave. Mais le sujet est en tout cas explosif et ses proches ont tenu ces derniers jours à affirmer que la place du président de la Réserve Fédérale était sauve et qu’il n’avait aucune intention de le remercier. Pour le moment donc, Donald Trump est impuissant à peser sur la politique monétaire et sur son homme fort, et ses vitupérations sur les réseaux sociaux ont vocation à rester vaines.
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