Politique économique / or / People Bank of China
Politique économique
or / People Bank of China
Pourquoi la Chine se remplit les poches d'or
La Chine a régulièrement acheté de l'or depuis le début de l'année, après avoir pourtant stoppé toute emplette sur le marché du métal jaune pendant près de deux ans. Selon les données publiées par le World Gold Council (WGC), le pays détenait ainsi à la fin mars pour 1.874,3 tonnes d'or, soit une hausse de 11 tonnes sur le seul mois de mars, après une augmentation de 9,95 tonnes en février, de 11,8 tonnes en janvier et de 9,95 tonnes en décembre. La Banque populaire de Chine (PBoC) possède ainsi dans ses coffres environ 60,62 millions d'onces, pour une valeur de 78,5 milliards de dollars.
La PBoC est toujours le sixième plus gros détenteur de métal jaune au monde, avec 2,5 % des réserves d'or mondiales, soit très loin derrière les États-Unis qui en détiennent près de 75 % - selon le WGC - ou l'Allemagne (70 % des réserves mondiales). Mais à ce rythme-là, la Banque chinoise pourrait devenir le premier acheteur mondial sur l'année 2019, même si l'ensemble des banques centrales suit la même dynamique de hausse de ses réserves depuis début un an (les réserves des institutions centrales ont progressé de 74 % sur 2018).
Si la Chine est le premier producteur d'or au monde et a même dépassé l'Inde en termes de consommation de métal jaune, d'un point de vue historique, la banque centrale chinoise n'a pas toujours été très active sur la place mondiale de l'or. Fin 2008, la PBoC ne détenait que 0,8 % des réserves mondiales d'or et le pays n'a pas augmenté d'un chouia ses emplettes dans le métal jaune entre le Q2 2009 et le Q1 2015, toujours selon les données fournies par le WGC. Elle a ensuite considérablement accru ses réserves, qui sont passées de 1.054,9 tonnes en janvier 2015 à 1.658,42 tonnes fin mars 2015, avant de stopper de nouveau tout achat entre la fin 2016 et la fin 2018. C'est donc seulement depuis le mois de décembre dernier que la PBoC est re-devenue une acheteuse régulière de métal jaune.
Il existe plusieurs éléments pour justifier ce changement de braquet de la part de la Banque centrale chinoise depuis le début de l'année. L'essoufflement de l'économie du pays tout d'abord. L'an dernier, la Chine a affiché son plus faible taux de croissance depuis 25 ans, à hauteur de 6,4 % dans un contexte de ralentissement de sa production manufacturière et de baisse de ses exportations, plombées par la guerre commerciale avec les États-Unis. A ce titre, les achats de métal jaune constituent donc pour le pays une façon de se prémunir contre un éventuel risque d'effondrement de son économie ou de nouveau krak boursier, le métal jaune constituant traditionnellement un excellent actif-refuge. Ensuite, en achetant de l'or, la Banque centrale du pays affirme sa stratégie de "dé-dollarisation" de son économie, après des mois de tensions commerciales avec les États-Unis (même si les négociations semblent plutôt évoluer dans le bon sens depuis quelques semaines).
Par ailleurs, la Chine a sans doute moins besoin d'accumuler de billet verts qu'auparavant, son régime de change ayant évolué puisqu'il n'est désormais plus flexible. La hausse des réserves de la PBoC est enfin la conséquence d'une plus grande transparence de la part de la banque centrale chinoise : selon les spécialistes, l'institution a certainement acheté du métal jaune dans les années 2008-2015 sans toujours publier les données sur le sujet.
Il sera tout de même instructif de suivre l'évolution des réserves de métal jaune de la PBoC dans les prochains mois, puisque cela permettra de donner une idée des anticipations de conjoncture de la Banque et des autorités du pays. En tout état de cause, une forte augmentation des réserves ne serait pas forcément un bon signal....
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