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Politique monétaire / Italie / or

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Italie / or

Italie : le gouvernement populiste veut faire main basse sur l'or du pays

Le parti de la Ligue du Nord a déposé un projet d'amendement, qui permettrait au gouvernement populiste de vendre une partie des réserves d'or du pays pour financer le déficit. Un tel projet remettrait en cause l'indépendance de la banque centrale italienne, déjà mise à mal par le gouvernement.
Rome - Italie
Rome - Italie

Le gouvernement populiste italien pense avoir trouvé le moyen de financer ses mesures dispendieuses sans faire grimper son déficit. Selon une information parue dans la Stampa, le parti de la Ligue du Nord a déposé un projet d'amendement qui lui permettrait de revendre une partie des colossales réserves d'or détenues par la banque centrale du pays. Selon les derniers chiffres publiés par le World Gold Council, l'Italie possédait à fin 2018 les troisièmes réserves d'or les plus importantes au monde après les États-Unis et l'Allemagne, à hauteur de 2.451,8 tonnes. En puisant dans les coffres de la Bankitalia, le gouvernement populiste pourrait ainsi éviter de mettre en place la hausse de la TVA prévue pour l'an prochain, mesures assez impopulaire et destinée à contenter la Commission européenne afin de respecter ses engagements budgétaires. 

Seul problème, l'utilisation des réserves d'or afin de financer le déficit remet en cause l'indépendance de la banque centrale. Le projet de loi déposé par la Ligue mentionne d'ailleurs que le gouvernement ne pourra utiliser l'or sans obtenir le feu vert de la Cour constitutionnelle italienne. Cela fait un moment que les députés italiens de la Ligue et du Mouvement Cinq Étoiles envisagent de puiser dans les réserves, Claudio Borghi, un parlementaire de la Ligue ayant déposé il y a quelques mois un projet de loi visant à déterminer qui est le propriétaire légitime de l'or italien. La question a également été posée à la BCE, par l'intermédiaire de deux eurodéputés Marco Valli (anciennement M5S) et Marco Zanni (Lega), qui ont demandé à Francfort "de préciser à qui devrait être attribuée la propriété juridique des réserves d'or des États membres" et "de faire savoir comment elle peut disposer de ces réserves".

Selon la Stampa, la BCE devrait publier sa réponse cette semaine. Francfort devrait sans surprise affirmer que les réserves d'or appartiennent aux États (et donc aux citoyens), mais que les banques centrales ont une indépendance financière qui doit être garantie. C'est pourquoi les gouvernements ne peuvent pas disposer des lingots à leur gré. La BCE avait déjà rendu un tel avis en 2009 et ne devrait donc pas modifier sa position. Francfort devrait par ailleurs rappeler que les banques centrales de la zone euro, ainsi que celles de la Suisse et de la Suède, ont signé en 2014 un accord par lequel elles se sont engagées à ne pas réaliser de ventes significatives d'or pendant cinq ans, afin de ne pas perturber le marché.

La BCE risque d’être d'autant plus vigilante concernant le concept d'indépendance des banques centrales que Matteo Salvini et Luigi Di Maio se sont engagés le week-end dernier à remplacer les principaux dirigeants de la Banque centrale d'Italie, au motif qu'ils avaient échoué à éviter des scandales bancaires ayant fait perdre des milliers d'économies aux épargnants italiens. Hier, l'Eurogroupe a de manière détournée rappelé que les gouvernements se devaient de garantir l’indépendance des banques centrales. "Il s’agit d’un principe fondamental qui fait partie de la construction de la zone euro mais aussi du fonctionnement des démocraties libérales", a ainsi affirmé le commissaire Pierre Moscovici.

Le premier dirigeant de la Banque d’Italie qui pourrait être concerné par les déclarations du gouvernement populiste est Luigi Signorini, dont le mandat au sein du conseil supérieur expire ce mois-ci. Deux autres membres du conseil, dont le gouverneur adjoint Salvatore Rossi, pourraient suivre au mois de mai... Le gouverneur de la Banque centrale Ignazio Visco, dont le mandat a été renouvelé en 2017 avant l’arrivée au pouvoir du gouvernement populiste italien, n’a quant à lui jamais caché sa méfiance à l’égard de la politique budgétaire expansionniste de la Ligue et du Mouvement Cinq Étoiles. Si le gouvernement entend influencer la nomination des futurs membres du conseil de banque d’Italie, malgré les avertissements de l’Eurogroupe, il ne pourra en revanche faire partir le gouverneur italien. 

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