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Brexit : le retour en force de Nigel Farage fait trembler Bruxelles
Les responsables bruxellois tout comme le président français ont certainement découvert avec effroi les résultats du sondage YouGov paru dans la presse britannique hier soir : selon cette enquête d'opinion, le leader populiste Nigel Farage, qui a lancé son nouveau parti du Brexit le 12 avril dernier devant une salle comble de Coventry, arriverait en tête aux élections européennes. Sa formation obtiendrait ainsi 27 % des voix, devant les travaillistes, qui n'emporteraient que 22 % des voix et surtout des conservateurs, laminés, avec seulement 15 % des votes. Il faut dire que le Brexit Party de l'ancien leader du Ukip a récupéré une bonne partie des "Brexiters" conservateurs, déçus par leurs parlementaires et par la tournure prise par les négociations avec l'UE. "Les négociations ont été une trahison délibérée du plus grand exercice démocratique de l'histoire de notre pays", a ainsi affirmé le leader le 12 avril dernier.
La renaissance du Phoenix Nigel Farage, qui avait pourtant quitté la direction du Ukip en juin 2016, c'est le scénario que redoutait la classe politique britannique traditionnelle, en reportant la date de sortie du Brexit. Puisque conservateurs comme travaillistes savaient qu’un délai au-delà du 23 mai signifierait de fait leur participation aux Européennes, avec le risque de faire apparaître au grand jour l'effondrement de leur popularité. Malgré cette menace d'un échec politique cuisant à la fin du mois de mai, il est peu probable que les deux partis parviennent à s'entendre pour trouver un compromis sur le Brexit, d'ici aux élections. Ce qui leur aurait permis d'éviter l'humiliation du scrutin puisque le délai accordé par les Européens est flexible, laissant la possibilité au pays de sortir de l'UE dès qu'il aurait trouvé une majorité pour valider l'accord de novembre.
La menace est d'autant plus grande pour les conservateurs et les travaillistes que Nigel Farage a clairement annoncé qu'il souhaitait mettre fin au système bipartite. Son nouveau parti devrait dévoiler dans les prochaines semaines son manifeste politique pour lui permettre d'y parvenir.
Les résultats de ce sondage donnent également raison au président Emmanuel Macron, qui craignait qu'un report long du Brexit ne nuise à la capacité de l'UE à prendre des décisions stratégiques pour le futur… le chef d'État français avait certainement en tête le risque d'une victoire des populistes britanniques aux Européennes, dans un contexte de montée en puissance généralisée des partis eurosceptiques. L'enquête Yougov justifie donc rétrospectivement la fermeté du président et de Bruxelles lors du sommet du 10 avril, qui ont finalement accordé un report de six mois, au lieu d'un an, avec comme nouvelle deadline le 31 octobre, soit la veille de l'entrée en fonction de la nouvelle Commission. L'UE s'est ainsi assurée que la Grande-Bretagne ne prendrait pas part au processus de nomination des commissaires. Et a émis comme condition de ce nouveau délai que les Britanniques n'auront pas le droit d'entraver les travaux au Parlement européen.
Une menace assez faible, dont le leader Nigel Farage ne devrait pas vraiment tenir compte si son parti remporte l'essentiel des voix britanniques le 23 mai. Car celui qui est député au Parlement de Strasbourg depuis près de 20 ans, n'a jamais cessé de s'opposer au renforcement de l'intégration européenne et au traité de Lisbonne. Leader du groupe eurosceptique l'ELDD (Europe de la liberté et de la démocratie directe) au Parlement, il a déjà affirmé depuis la création de son nouveau parti le 12 avril, qu'il ferait tout pour empêcher les discussions à Strasbourg et bloquer les décisions, notamment sur le budget européen…
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