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Iliad / Xavier Niel
Iliad aurait-il perdu le signal ?
Depuis tôt ce matin, l'opérateur télécoms Iliad organise une journée investisseurs, une première depuis des années. La maison-mère de Free réunit ses actuels et futurs porteurs de capital pour détailler les principaux axes de sa stratégie de croissance. Et à raison. Car jusque-là, l'information manquait sur ce groupe dont l'action a atteint son plus bas niveau depuis huit ans en février dernier.
L'entreprise initialement vertueuse du milliardaire Xavier Niel - lui qui a su bousculer un oligopole français bien gardé en offrant un cinquième des parts du marché français à Free Mobile - continue de battre de l'aile après un exercice 2018 difficile. Sur l'année écoulée, Iliad a annoncé un bénéfice net en repli de 18,5 % à 330 millions d'euros, marqué par un contexte concurrentiel qui a entraîné une baisse du nombre d'abonnés de 2 %. C'est uniquement grâce à l'Italie que le chiffre d'affaires a su progresser de 0,6 % à 4,89 milliards d'euros.
Des performances médiocres qui n'ont pas empêché les dirigeants de se rémunérer grassement. Selon un rapport des commissaires aux comptes (page 3) publié sur le site Internet d'Iliad, le Conseil d'administration a autorisé la répartition de 53,2 millions d'euros de droits entre cinq dirigeants au titre de l'exercice 2018 (soit 70 % de la liquidité disponible pour Rani Assaf, Antoine Levasseur, Maxime Lombardini, Cyril Poidatz et Thomas Reynaud). En prévision de la prochaine Assemblée générale du 21 mai, la société d'analyses financières Proxinvest conteste vigoureusement leur méthode basée sur des conditions de performances court-termistes. Par ailleurs, depuis 2010, la filiale non cotée d'Iliad a mis en place un plan d'attribution d'actions allant jusqu'à 5 % du capital, dont 23 salariés et dirigeants peuvent bénéficier.
Dès lors, le directeur général Thomas Reynaud, ou encore son président Maxime Lombardini, ont le choix de recevoir leurs dus en numéraire ou en actions Iliad, dont le prix est déterminé par "un expert indépendant". Ce qui est contestable pour trois raisons. D'abord, parce qu'Iliad ne précise pas la méthode d'évaluation dudit expert. Ensuite, leurs intérêts ne sont plus alignés sur la performance d'Iliad mais bien sur celle de Free Mobile, au contraire des autres actionnaires, une position injuste et injustifiée. Enfin, le président est susceptible de se voir attribuer une rémunération basée sur les performances bien qu'il n'ait pas de responsabilité exécutive.
Ces mêmes dirigeants étaient sur les bancs de la Commission des sanctions à l'AMF à la fin du mois de mars. La société et Maxime Lombardini ont été sanctionnés pour des manquements liés à la tentative de rachat avorté de l'opérateur américain T-Mobile en 2014. L'actuel président du board d'Iliad devra s'acquitter d'une amende de 600.000 euros (sa rémunération fixe annuelle vaut 384.000 euros), la société est quant à elle sanctionnée à hauteur de 100.000 euros pour manquements à ses obligations d'information au public.
Il y a près d'un an exactement et après la publication de résultats trimestriels décevants, Iliad a fait passer Thomas Reynaud de directeur financier à directeur général, en remplacement de Maxime Lombardini, devenu président. Une stratégie définie par l'opinion comme un simple jeu de chaises musicales, qui n'a rien donné sur les performances du groupe, bien au contraire. Ce matin, le fondateur a su reconnaître des "erreurs" de la direction, tout en présentant un nouveau plan stratégique dit "Odyssée 2024" : plus d'abonnés sur le secteur juteux de la 5G.
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