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Renault / FCA / Bruno Le Maire

Renault, une fois de plus victime de Narcisse

L'ingérence crispante de Bruno Le Maire dans le deal prometteur de Renault avec l'italien Fiat Chrysler vient de faire perdre l'un des plus grands projets d'entreprise automobile. Encore.
Conférence de presse (6 septembre 1993), Louis Schweitzer, Pehr Gyllenhammar et Gerard Longuet (DR)
Conférence de presse (6 septembre 1993), Louis Schweitzer, Pehr Gyllenhammar et Gerard Longuet (DR)

Dans l’Histoire, c’est la seconde fois que Renault échoue à une fusion stratégique, victime du sens de l’égo et des désirs narcissiques d’un ministre. D’abord le 2 décembre 1993 lorsque la mort dans l’âme Louis Schweitzer, PDG de Renault et Pehr Gyllenhammar, son homologue aux commandes de Volvo, annoncent l’échec du mariage franco-suédois. Après une conférence, le ministre de l’Industrie d’alors, Gérard Longuet, s’invite sur la photo avec les deux dirigeants, un effet tue-l’amour pour les Suédois, qui reprennent leurs billes, las des hésitations et des précautions de l’État français. Hier soir encore, l’ingérence économique infernale de Bruno Le Maire a mis un terme à l’un des projets les plus porteurs pour le constructeur automobile français.

Fiat Chrysler Automobiles (FCA) était pourtant prêt à beaucoup pour assurer le succès du mariage. De fait, FCA avait offert de partager les synergies à parts égales avec Renault en cas de fusion, de l’ordre de 10 milliards d’euros chacun, alors que sa capitalisation boursière est bien plus élevée que celle de Renault, même après le dividende exceptionnel de 2,5 milliards d'euros offert par la remontée du cours. Le sens élevé du compromis de FCA l’avait aussi conduit à entrer en discussion sur un dividende spécial chez Renault, à assurer des garanties de l’emploi français, et à intégrer un représentant de Nissan au conseil d’administration, comme le demandait à répétition Bruno Le Maire sur les ondes des radios ces derniers jours. Mais comme c’en est jamais assez pour cet étatiste forcené qui se prétend libéral, il a continué à chercher la petite bête, déclenchant à raison le volte-face du constructeur italien.

Malgré toutes les concessions de FCA, que l’État a chargé indûment de lourds fardeaux, Bruno Le Maire indiquait encore hier ne pas avoir de garantie sur la présence à Paris d’un siège opérationnel régional pour le futur ensemble. Lui qui requiert aussi un poste d’administrateur pour l’État dans le prochain ensemble Renault - FCA, ce qui n’a pourtant visiblement peu d’impact sur la bonne gouvernance d’une entreprise, eu égard aux escroqueries financières de Carlos Ghosn, opérées en la présence de Martin Vial au Conseil de Renault. Mais ce n’est pas tout. Le ministre avait fait de la bonne intégration de Nissan dans les discussions son combat privilégié, lui qui n’avait pas intérêt à froisser les Japonais avant son départ pour le pays vendredi dernier. 

Alors voilà comment l’amour de soi a rendu stérile l’un des plus grands projets d’entreprise automobile, prééminent en termes de chiffre d’affaires et aux 8,7 millions de véhicules vendus chaque année. Un chef de file mondial dans les technologies et les marques haut de gamme et qui aurait eu l’envergure, l’expertise et les ressources pour naviguer dans l’industrie automobile en évolution rapide. FCA n’a pas à s’en faire, la route est toute tracée pour celui qui a fait le choix d’occulter dans le deal les 4 milliards d’euros de capitalisation boursière qui sépare le groupe italien de Renault. Pour le français en revanche, l’avenir est bien plus incertain. Le voyage de Bruno Le Maire au Japon sera peut-être l’occasion de réfléchir à sauver le mariage de raison qui l'unit avec Nissan, car la passion, elle, s’est aussi éteinte de ce côté là.

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