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La nouvelle stratégie de Naspers
Dans moins de deux semaines, Naspers va coter sur Euronext Amsterdam sa participation dans Tencent et ses actifs Internet mondiaux, qu'elle transformera en une entité distincte dénommée Prosus. C'est à la fois le résultat d'un pari particulièrement juteux et un subterfuge pour redonner confiance aux investisseurs dans la maison mère.
Il y a dix-huit ans, Naspers, d'abord spécialisée dans les médias et l'édition et autrefois condamnée en tant que porte-parole du régime d'Apartheid en Afrique du Sud - fait un pari fou. Celui de débourser 32 millions d'euros pour acquérir 31 % de Tencent, créé trois ans plus tôt et qui continue de perdre de l'argent. En 2001, c'est-à-dire l'année où Naspers signe le chèque, Tencent enregistre ses premiers bénéfices : 1,2 million de dollars. Trois ans plus tard, l'entreprise est cotée à la Bourse de Hong Kong.
Assis sur une mine d'or publicitaire encore inexploitée et grâce à une stratégie de monétisation aguerrie, le capital n'a eu cesse de faire des petits, faisant discrètement de Naspers l'un des plus grands investisseurs Internet du monde. La participation de Naspers dans Tencent est aujourd'hui valorisée à 133 milliards de dollars, soit un multiple de 33 par rapport à 2001. Car en moins de deux décennies, Tencent est devenu le géant des jeux de la Chine mais aussi le développeur de l'application mobile textuelle et vocale WeChat qui compte aujourd'hui près de 1,1 milliard d'utilisateurs. Au total, ce sont également 100 millions de Chinois qui utilisent l'App' pour payer leurs transports en commun et WeChat vient de signer un accord avec plus de 20 partenaires automobiles, dont BMW et Audi, pour équiper les voitures connectées de certaines fonctionnalités de l'application. Voilà comment l'un des investissements technologiques les plus lucratifs de l'histoire a fait de Naspers l'une des plus grandes entreprises d'Afrique en valeur de marché.
La cotation de Prosus sur la capitale des Pays-Bas est donc une façon d'afficher enfin en Europe les retombées positives de ce que les analystes de l'époque décrivaient comme un achat irraisonné. Mais ce n'est pas tout. Pour Naspers, il s'agit surtout là de fixer le rabais structurel sur le cours de ses actions, car l'entreprise la plus précieuse du Continent et cotée à la Bourse de Johannesburg ne vaut "que" 100 milliards de dollars, soit 33 milliards de moins que sa participation dans Tencent. En fait, les investisseurs sud-africains se sont détournés du titre pour diversifier leurs portefeuilles, las de la position écrasante de Naspers sur le marché local. Sa pondération surdimensionnée à la Bourse de Johannesburg dépasse les limites de la plupart des investisseurs institutionnels sud-africains en matière d'actions uniques. En conséquence, nombre d'entre eux ont été contraints de vendre.
En créant et en cotant Prosus, la maison mère espère convaincre les investisseurs européens institutionnels de l'attractivité du titre, eux qui sont justement particulièrement privés d'actions technologiques par rapport à leurs homologues chinois et américains. Principalement conseillé par Goldman Sachs, JPMorgan et Morgan Stanley, Naspers compte introduire en Bourse entre 17 % et 27 % du capital de Prosus et conserver le solde, soit au moins 73 % des actions.
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