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ESG / isr / écologie / Environnement / Apple / JPMorgan
La responsabilité sociale de l'entreprise et de ses actionnaires
Il n'est pas rare d'entendre que l'investissement socialement responsable, c'est bien, mais cela rapporte peu et à un horizon trop lointain. Après une première vague d'intérêt, au moment de réunions collectives médiatisées pour discuter des Conventions cadre sur le changement climatique, les progrès se sont estompés avant que l'opinion ne se ré-empare récemment du sujet. Preuve en est, l'association influente Business Roundtable (BRT) dont les membres sont des directeurs généraux de grandes entreprises américaines, vient d'abandonner son soutien à la primauté des actionnaires sur la création de valeur pour un modèle multipartite.
Autrement dit, les actionnaires n'auraient plus toujours préséance sur les autres parties prenantes telles que les clients, les employés et les collectivités locales dans lesquelles les entreprises exercent leurs activités. L'engagement du secteur privé est nécessaire pour réparer ce qu'il a détruit aux côtés de gouvernements laxistes. D'autant plus qu'il a tout intérêt à opérer ce changement, car au contraire des politiques et des citoyens pour qui il y aura toujours une bonne raison de ne pas agir, les entreprises, encore guidées par le but intrinsèque de la création de valeur, devront s'employer à satisfaire, séduire et fidéliser des consommateurs de plus en plus conscients.
Et du côté des investisseurs, ils auraient eux aussi bien intérêt à se satisfaire de nouveaux modèles d'affaires créatifs dont les gains sont parfois bien plus proches que ce qu'il n'y parait. Par exemple, il faut reconnaître au géant Alibaba, qui n'est pas blanc comme neige d'un point de vue de la mise en application des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), son génie pour avoir au moins ouvert le commerce mondial à des milliers de petites et moyennes entreprises. Quant à la rentabilité, il se trouve que cela vaut le coup. C'est ce que révèle hier l'étude menée pour la Lyxor Dauphone Research Academy par deux chercheurs de l'université de Lausanne, en soulignant que "l'exclusion de 50 % des entreprises aux notes ESG les plus faibles d'un portefeuille d'actions européennes a ajouté 2,3% par an de rendement sur 10 ans, tout en diminuant de 1,6 % la volatilité". La démarche consistant à appliquer un filtre extra-financier n'exclut pas de renoncer à la performance financière, au contraire. D'ailleurs, l'historique de performance affiché par l'indice ISR (Investissement Socialement Responsable), MSCI-KLD 400, composé des 400 sociétés nord américaines les mieux notées du point de vue social et environnemental a systématiquement superformé son homologue traditionnel, l'indice Standard & Poor's 500.
L'exemple donné par les chefs de file de l'industrie américaine, qui sont censés avoir une vision pénétrante du fonctionnement de l'économie, est important, mais la transition vers un modèle multipartite qui préserve les garanties des générations futures aura aussi besoin de l'appui des gouvernements, qui ont encore la responsabilité de créer l'espace et de fournir les outils nécessaires aux entreprises pour maximiser leur impact social positif, et inciter les investisseurs. En effet, les règles du jeu doivent être équitables pour que les entreprises consciencieuses ne soient pas minées par les sociétés sans valeurs ; le capitalisme actionnarial doit changer pour que les sociétés ne soient pas uniquement autorisées à agir, mais tenues d'agir.
Il y a bien deux projets ici mais qui sont tout à fait complémentaires. D'abord celui qui consiste à inciter les porteurs de part à investir dans des actifs socialement responsables. Ensuite, celui qui tient à changer le modèle de gouvernance d'entreprise, longtemps fondé sur la maximisation de la valeur pour les actionnaires, vers un système multipartite, connecté aux personnes et aux territoires. Espérons que la décision de la BRT soit un pavé dans la mare des affaires, même si au regard de ceux qui la composent, on peut en douter. Apple continue d'utiliser les paradis fiscaux, échappant à sa première responsabilité, celle de payer ses impôts. Quant à Jamie Dimon, il est l'actuel président de la BRT et PDG de JPMorgan Chase, mêlée à des scandales financiers à répétition.
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