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Yves de Kerdrel
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Macron et « la Vallée de la mort » !
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l’État est entré dans une nouvelle phase de son quinquennat où il doit réformer avec les Français et non pour les Français. Tout en espérant que les résultats de ses premières réformes arriveront vite. Il qualifie lui-même cette période de « vallée de la mort » dans une interview – pas toujours très adroite mais très intéressante – accordée au magazine Time.
Emmanuel Macron est de nouveau en couverture du magazine américain Time. Sur la photographie de couverture, le président français est en bras de chemise, remontant une de ses manches et regardant fixement vers l'objectif. "Le moment de Macron", titre Time, ajoutant que "le président français est prêt à relancer son quinquennat agité". Le chef de l'État avait déjà fait la une du magazine il y a deux ans, alors qualifié de "prochain leader de l'Europe" peu de temps après son élection. C'est désormais l'heure du bilan pour Emmanuel Macron, qui a vécu une année compliquée entre l'affaire Alexandre Benalla et la grogne des Gilets jaunes. Des événements sur lesquels il a accepté de revenir pour le magazine américain, assurant que "dans un certain sens, les Gilets jaunes ont été très bénéfiques pour moi", car ils lui auraient rappelé qui il "devrait être". Une phrase pas forcément très adroite.
Auprès du magazine américain, Emmanuel Macron semble vouloir tirer les leçons des reproches qui ont pu lui être faits ces derniers mois : "J'ai probablement donné le sentiment que je voulais aller jusqu'à réformer contre le peuple. Parfois mon impatience a été ressentie comme une impatience vis-à-vis des Français. Ce n'est pas le cas." Selon Ismaël Emelien, lui aussi cité dans l'article, Emmanuel Macron "a toujours su que la transformation du pays se ferait à un certain prix". "Maintenant, je pense que je dois prendre plus de temps pour expliquer où on en est et ce qu'on veut faire", ajoute le président de la République. Désormais, son challenge serait "d'écouter les gens bien mieux que ce que j'ai fait au début".
Une période charnière pour Emmanuel Macron
Quid concernant les deux prochaines années ? C'est la question à laquelle tente de répondre le magazine américain, s'intéressant également à la stature internationale d'Emmanuel Macron. La période de mi-mandat qui débute semble être charnière pour le chef de l'État, qui estime être dans la "vallée de la Mort" entre la mise en place des réformes et leurs premiers résultats. "La fin de la vallée de la Mort, c'est le jour où vous avez des résultats", résume-t-il auprès de l'hebdomadaire, ajoutant que son "obsession" est "de construire cette nouvelle France". À deux ans et demi de la fin de son mandat, Emmanuel Macron sait déjà ce qu'il fera "le jour où les gens décideront qu'[il n'aura] plus à être aux commandes". "J'écrirai", affirme celui qui a toujours voulu devenir écrivain. "J'aime ma famille, mes amis, les livres. Je suis prêt à être seul et au calme", conclut le chef de l'État.
Cette interview, la seconde à Time, depuis son élection donne le tempo de ce fameux acte II dont on ne sait pas très bien comment il va se dérouler. À cause justement de cette angoisse devant "la Vallée de la mort". À cause d’une peur non dissimulée à l’égard d’une convergence des mouvements sociaux. À cause d’un environnement géopolitique qui pèse, comme rarement, sur la croissance et peut fragiliser très rapidement toutes les réformes menées depuis 2017. Qu’on en juge par la bonne volonté dont semblait faire preuve l’Iran il y a moins d’un mois et par l’agression à l’égard de l’Arabie Saoudite qu’elle a menée le week-end dernier, laissant craindre une déstabilisation de toute la région et une flambée des prix du pétrole.
Une cote de popularité assez satisfaisante
Pour l’heure, et en faisant abstraction de l’acte 45 des "gilets jaunes" qui s’est déroulé de manière agitée hier, la cote de popularité du président de la République est en hausse. Même chose pour le Premier ministre qui retrouve une cote proche de celle de juillet 2018. Emmanuel Macron retrouve même son niveau de popularité d'avant l'éclatement de l'affaire Benalla. C'est dire. Alors rien de mirobolant non plus : 37 % des Français ont une image positive du chef de l'État en cette rentrée, 41 % du Premier ministre Édouard Philippe. Mais c'est vrai que la progression est notamment très nette chez les sympathisants socialistes auprès desquels ils gagnent une dizaine de points chacun.
Faut-il y voir les résultats de la rentrée très écolo d'Emmanuel Macron ? En tout cas, le duo exécutif ne pâtit pas de la rentrée sociale. Une bonne et une mauvaise nouvelle sur ce front pour Emmanuel Macron. Le mouvement de grève à la RATP n'est que très moyennement soutenu par les Français : moins de 40 %. Et cela alors qu’une nouvelle journée de mobilisation aura lieu ce mardi. De quoi envisager un peu plus sereinement sa réforme des régimes spéciaux de retraite. Le ras-le-bol des urgentistes est en revanche soutenu par 88 % des Français. Et pour l'heure, le gouvernement ne parvient pas à calmer la grogne. Agnès Buzyn qui est l’invitée ce dimanche du "Grand Jury" sur RTL et LCI aura l’occasion d’y revenir.
La rentrée réussie de Xavier Bertrand
Par ailleurs, les Français sont de moins en moins convaincus que le mouvement des "Gilets Jaunes" va s’arrêter. Seuls 11 % le pensent. À l’inverse, 37 % d’entre eux veulent que le mouvement continue. Un souhait plus marqué chez ceux qui ont porté le mouvement à l’origine comme les employés et ouvriers (48 %) les personnes qui vivent en zone rurale (45 %) les sympathisants de gauche (47 %) ou ceux du Rassemblement national (60 %). Du côté des autres personnalités politiques, Nicolas Hulot (41 %, +1 point) domine toujours le classement, devant Marine Le Pen (29 %, +2 points). À droite, Nicolas Sarkozy arrive encore en tête des personnalités que les sympathisants de ce bord politique souhaitent le plus voir jouer un rôle politique à l’avenir (66 %). Les autres personnalités arrivent assez loin derrière, qu’il s’agisse de Valérie Pécresse (57 %), François Baroin (54 %) ou Xavier Bertrand (51 %).
Ce dernier a fait une rentrée médiatique jugée plutôt réussie avec un très bon entretien dans le Point et sa participation à la nouvelle émission politique de France 2 : "vous avez la parole". Pendant plus de deux heures, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, qui a quitté Les Républicains en décembre 2017, a répondu aux questions des journalistes et débattu avec ses opposants. Avec un seul objectif : montrer qu’il pourrait incarner l’avenir à droite. L’enjeu est de dire aux Français que le face-à-face entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen n’est pas inéluctable, qu’une autre voie est possible. Concernant ses ambitions personnelles, l’intéressé ne s’est pas caché derrière son petit doigt. Il a reconnu penser à la prochaine présidentielle, précisant toutefois que s’il perdait aux régionales de 2021, il n’aurait pas le crédit pour briguer l’Élysée et arrêterait la politique.
Quand Macron veut contrôler l’immigration
Cette émission intervenait au terme d’une semaine marquée par une intervention du Président de la République auprès des parlementaires de son mouvement où il a, pour la première fois, semblé vouloir s’attaquer au problème de l’immigration. Pour cela il a créé une dialectique entre son parti qui serait un parti de "bourgeois" et des Français qui sont confrontés tous les jours aux ratés de l’intégration à la française. Ce discours ouvre une séquence qui va donner plus de place à ces questions avec au début octobre un débat sans vote à l’Assemblée Nationale sur le contrôle de l’immigration. Et avec de plus en plus de voix provenant de la République en Marche qui réclament une remise à plat de l’Aide Médicale d’État.
Au chapitre économique la semaine a été marquée par les perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE publiées jeudi et qui expliquent que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a fait chuter la croissance de l’économie mondiale à son plus bas niveau depuis la crise financière de 2008-2009. Si bien que l’économie mondiale risque de rentrer dans une nouvelle phase prolongée de croissance faible si les gouvernements continuent d’hésiter sur la manière d’y répondre. L’Organisation de coopération et de développement économiques ne prévoit plus qu’une croissance de 2,9 % cette année et de 3,0 % l’année prochaine, contre 3,6 % l’année dernière. Il s’agit d’une révision spectaculaire par rapport au mois de mai, quand l’OCDE tablait encore sur une progression du PIB mondial de 3,2 % cette année et de 3,4 % l’année prochaine.
L’OCDE ramène la croissance au niveau de 2008
Le développement des échanges commerciaux avait été le moteur de la reprise de l’économie après la crise financière d’il y a dix ans. Mais depuis 2017, le commerce mondial a chuté de 5 % et régresse désormais d’année en année. Dans le même temps, les tensions commerciales ont pesé sur la confiance des entreprises, faisant plonger la croissance des investissements de 4 % il y a deux ans à 1 % aujourd’hui. Des éléments montrent que le conflit commercial commence à toucher l’économie américaine, frappant certains produits manufacturiers et menant à des faillites dans le secteur de l’agriculture.
Dans ses nouvelles prévisions, faites par Laurence Boone, l’OCDE ne prévoit plus pour les États-Unis que 2,4 % de croissance cette année et 2,0 % l’année prochaine, contre 2,8 % et 2,3 % dans ses projections du mois de mai. La Chine est elle aussi frappée avec des prévisions ramenées à 6,1 % en 2019 et 5,7 % en 2020 (contre 6,2 % et 6,0 % au printemps). L’OCDE s’inquiète des effets significatifs sur l’économie mondiale du recul de la consommation intérieur en Chine, en baisse d’environ 2 % sur un an. Pour les pays de la zone euro, pénalisés par la faiblesse de l’économie allemande, l’OCDE table sur une croissance de 1,0 % pour cette année comme pour l’année prochaine - contre 1,2 % pour 2019 et 1,4 % en 2020 dans ses prévisions de mai.
La Fed divisée sur la conduite à tenir
Comme cela était attendu, la Réserve fédérale américaine a réduit mercredi son principal taux d'intérêt directeur d'un quart de point, sa deuxième baisse en moins de deux mois, une décision largement anticipée par les marchés financiers, mais elle a donné peu d'indices sur l'évolution future de sa politique monétaire. L'objectif de taux des fonds fédéraux est ramené entre 1,75 % et 2 %. La banque centrale des États-Unis a aussi accru l'écart entre le taux auquel elle rémunère les réserves excédentaires des banques et le haut de la fourchette du taux des Fed funds, une décision visant à réduire les tensions sur les marchés monétaires qui ont obligé la Fed de New York à y injecter des liquidités mardi et mercredi.
Si l'économie américaine continue de croître à un rythme modéré et si le marché du travail reste solide, explique la Fed dans un communiqué, elle a décidé de réduire son taux directeur à la lumière des implications de l'évolution globale des perspectives économiques ainsi que des pressions inflationnistes contenues. La médiane des nouvelles prévisions de ses responsables prévoit que le taux des Fed funds restera stable jusqu'à la fin 2020 mais sept des dix-sept membres du Federal Open Market Committee ont dit prévoir une baisse de taux supplémentaire avant la fin de cette année, signe que le comité de politique monétaire reste divisé.
Patrick Pouyanné va "vendre" Total aux Américains
La voix de la sagesse a été marquée cette semaine par une déclaration peu banale du Gouverneur de la Banque de France. Les politiques non conventionnelles menées par les banques centrales sont efficaces mais ne peuvent à elles seules résoudre tous les problèmes qui relèvent des dirigeants politiques, a déclaré François Villeroy de Galhau. Dans un discours prononcé à Paris à l'occasion de la Leçon inaugurale de l'École des Affaires internationales il a notamment rappelé que "depuis dix ans, et la grande crise financière, nous recourons à de nouveaux instruments : l'assouplissement quantitatif, la forward guidance et même les taux négatifs. Ces politiques non conventionnelles ont été efficaces ; elles peuvent cependant créer - à tort - l'illusion de la toute-puissance monétaire. Face à cette situation, les dirigeants politiques - et l'un d'entre eux en particulier - ont le premier rôle : c'est à eux qu'il revient de rétablir la confiance qu'ils ont abîmée. Le gouverneur visait Donald Trump et le climat d’incertitude qu’il fait régner sur les agents économiques.
Ce mardi Patrick Pouyanné, le patron de Total se rend avec son staff à New York pour une journée consacrée aux investisseurs américains mais aussi mondiaux. Un système a été mis en place pour permettre aux analystes britanniques, français, allemands, et italiens de suivre également cet "investor day". C’est la raison pour laquelle il débutera à 16 h 30 (heure de Paris). Les propos de Patrick Pouyanné, tenus au pays des majors pétrolières, seront à suivre avec attention dans la mesure où l’action Total a beaucoup déçu ces derniers temps avec une baisse de 11 % depuis un an et une hausse de seulement 5 % depuis le début de l’année.
Yves de Kerdrel
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