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WeWork / adam neumann
Que faut-il comprendre du WeWork gate ?
La stagnation des salaires et la flambée des loyers, particulièrement à New York, a fait explosé le système de colocation, la sous-location sur AirBnB et le concept de bureaux partagés pour la nouvelle génération d'entreprises. C'est sur ce dernier type de résidence, qui fonctionne souvent en autogestion, que la petite start-up d'origine WeWork s'est lancée. Fondée en 2010 par Adam Neumann et Miguel McKelvey, la société devient vite un symbole de la nouvelle économie. WiFi à haut débit, salles de réunion, boissons gratuites, imprimantes et fournitures de bureau en accès libre, tout est pensé pour permettre aux membres de se concentrer sur leur activité. WeWork se veut autant un espace de travail qu'un lieu de réseautage où rencontrer des partenaires et des clients, puisque la moitié des membres feraient du business ensemble, selon la société.
Bref, sur le papier, l'histoire est belle. Ce que comprend vite le japonais Softbank qui investit 4,4 milliards de dollars en 2017, valorisant la compagnie à près de 20 milliards d'euros, la rapprochant vite des valorisations d'entreprises à forte valeur ajoutée technologiques comme SpaceX et Palantir, en partie grâce à une politique tarifaire flexible et agressive. Puis les choses se gâtent, car bien que WeWork ne soit pas obligée de dévoiler ses résultats - n'étant pas cotée en Bourse -, des documents internes fuitent petit à petit, affichant des pertes de plusieurs centaines de millions de dollars, que la société dépense à tout va pour éponger sa soif d'achats à l'international.
Deux ans plus tard, lundi 16 septembre, la maison-mère de WeWork, The We Company, suspend son projet d'Introduction en Bourse tant les investisseurs institutionnels se sont méfiés de cette machine à brûler du cash. Déjà une semaine avant, les banquiers chargés de préparer l'IPO testaient l'appétit des investisseurs pour des actions dont le prix valorisait la société entre 15 et 18 milliards de dollars, c'est à dire près de trois fois moins la valeur sur laquelle le consensus tablait initialement. C'en est trop pour l'actionnaire japonais qui ne supporte plus l'irresponsabilité de l'entreprise. Surtout que l'opération en tant que telle aurait fait mécaniquement baisser la valeur de son portefeuille d'actifs, alors que Softbank cherche lui-même à lever 108 milliards de dollars pour lancer un nouveau fond de capital investissement.
Le personnage fantasque du PDG de WeWork Adam Neumann n'a rien arrangé à l'affaire. Il a emprunté 380 millions de dollars en utilisant ses parts de la société comme garanties juste avant le projet de l'IPO, et inquiété Wall Street par la même occasion en se désengageant de sa propre société, lui qui détient par ailleurs la majorité des droits de vote, et qui a nommé sa femme à la direction de la filiale éducation du groupe. Les manœuvres financières du dirigeant Adam Neumann font grincer des dents, comme quand il investit personnellement dans l'immobilier pour ensuite louer à WeWork. L'influence démesurée du piètre trésorier Adam Neumann sur la conduite de la société a faire fuir les derniers investisseurs, les premiers ayant déjà été douchés par les expériences Lyft, Slack ou encore Uber, ces start-up prometteuses mais déficitaires.
Alors voilà comment en peu de temps, WeWork est passée du statut de la start-up à la valorisation la plus élevée aux États-Unis, à la société humiliée par la mainmise d'un patron et ses désirs effrénés de conquêtes. Au pied du mur, Adam Neumann a renoncé aujourd'hui à son poste de PDG et occupera désormais la fonction de président non exécutif du conseil. Artie Minson, l'ancien coprésident et directeur financier de WeWork, et Sebastian Gunningham, son ancien vice-président, ont été désignés co-PDG de la société.
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