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IPO : après Uber, le déluge ?

En pleines surenchères entre Etats-Unis et Chine, l’IPO d’Uber a eu lieu au plus mauvais moment. Résultat, le titre est en baisse de 18 % en deux séances, ce qui a poussé le CEO à s’expliquer. Mais le sort de la troisième IPO de l’histoire risque aussi de fermer la porte aux prochains candidats tech comme WeWork.
IPO pièces
IPO pièces

"A l’évidence, notre titre ne s’est pas échangé au niveau que nous avions espéré post-IPO", a reconnu le CEO d’Uber dans un mémo interne dès lundi. Car la troisième IPO de tous les temps aux Etats-Unis – derrière Facebook et Alibaba – a pour l’instant été un véritable fiasco, notamment en raison d’un très mauvais timing. Le groupe de VTC est ainsi entré en Bourse vendredi dernier, jour où les Etats-Unis ont mis en application la hausse des tarifs douaniers décidée par Donald Trump, et où les négociations prévues à Washington n’ont abouti à rien. Uber avait déjà fixé son prix d’entrée près du bas de la fourchette à 44 dollars, et le titre est tombé sous ce niveau dès les premiers échanges, clôturant en baisse de plus de 7 %. La situation s’est encore envenimée sur les marchés lundi avec les représailles chinoises, si bien que l’action est désormais en baisse de 18 % sur deux séances.

Certes, Uber a été particulièrement malchanceux sur le moment de son IPO, car les marchés anticipaient un accord commercial sino-américain la semaine passée, dont la licorne aurait pu profiter. Mais ce n’est pas qu’une question de calendrier : fin mars, l’IPO de son concurrent Lyft avait déjà été accueillie très froidement, et le titre a depuis chuté de plus de 30 % sous son niveau d’introduction. Les investisseurs sont manifestement échaudés par les pertes abyssales de ces deux groupes : 3,7 milliards de dollars sur 12 mois pour Uber, 911 millions de dollars pour Lyft.

Comme d’autres start-up tech avant elles, les deux sociétés ont tenté de mettre en avant d’autres indicateurs de profits, comme les "contribution profit", qui ignorent les frais de R&D pour Uber ou des frais opérationnels pour Lyft, et les font revenir comme par magie dans le vert. Avec ce calcul, Uber et Lyft auraient engrangé respectivement 940 et 921 millions de profits l’an passé. Mais les investisseurs se fient encore aux indicateurs traditionnels, et faute de chemin tout tracé vers la rentabilité, ont boudé les IPO des deux leaders mondiaux du VTC. Sans compter les droits de vote prépondérants des dirigeants, qui réduisent le pouvoir des actionnaires et tendent à se généraliser. Selon le professeur à l’université de Floride Jay Ritter, un tiers des sociétés tech qui ont fait leur IPO entre 2015 et 2018 avait des "super" droits de vote, contre 6 % depuis les années 80.

Les accueils réservés à Uber et Lyft risquent en tout cas de refroidir les ardeurs des autres chouchous tech de la Silicon Valley, qui perdent autant d’argent et comptaient entrer en Bourse à leur suite. On pense ainsi au leader des bureaux partagés WeWork, qui a perdu 1,9 milliard de dollars l’an passé et qui, selon Triton Research, "pourrait avoir besoin d’un nouveau plan" dans la mesure où ses comptes se rapprochent de Snap, entré en Bourse en mars 2017 et qui a perdu près de 40 % depuis. Airbnb pourrait être aussi concerné, tandis que d’autres start-up ont déjà montré une plus grande solidité financière. A l’image du service de messagerie professionnelle Slack, qui dégage un cash flow plus récurrent et a choisi l’option d’une cotation directe sans appel de fonds - à l’instar de Spotify - ce qui montre aussi son auto-suffisance.

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